CHRONIQUES CINEMA

(Classées par ordre alphabétique)


Ecrites au jour le jour sur mon blog, ces "critiques" sont très subjectives et renvoient parfois à l'humeur du moment...
Cependant, comme la liste s'allongeait, j'ai souhaité les regrouper en une seule fiche, plus facile d'accès puisque ordonnée alphabétiquement (attention, certains titres sont en VO).
Attention : les toutes nouvelles critiques sont sur mon Blog :  cette fiche est remise à jour régulièrement mais pas à chaque nouveau film !!! 






ACTRICES (de Valeria Bruni Tedeschi)

Un film autour du théâtre : un pan de vie (autobiographique ?) d'une actrice de théâtre (Marcelline, apparemment spécialisée dans le théâtre russe : Platonov, et à présent Un mois à la campagne), mais aussi la vie vue comme une pièce de théâtre, chacun court après son fantasme ou sa chimère, et ne pense finalement qu'à soi. Vision assez superficielle, mais c'est sans doute fait précisément exprès : tout n'est-il que scène, représentation ?
Et à côté de cela, la vie personnelle de l'actrice : relations psychologiquement difficiles avec sa mère (le type femme libérée ayant dépassé certainement les 60-65 ans et qui drague encore des jeunots de 30 ans après avoir longtemps ouvertement trompé son mari... alors que sa fille, à 40 ans, demeure célibataire et commence à ressentir les premiers signes de la ménopause : bientôt plus de possibilité d'enfanter, le temps presse, elle en vient à brûler des cierges ou à demander au prêtre lui-même de l'engrosser...), et piscine : thème récurrent de l'eau (liquide amniotique où elle souhaiterait retourner ?). Passage caractéristique où elle parle à sa gyneco (qui joue le rôle de psy) de son dernier rêve : elle et sa mère ont fait un enfant ensemble...
Pourtant, les amours ne manquent pas, mais elle, pense-t-ellefinalement à autre chose qu'à elle-même et à sa carrière (elle promet à la vierge de renoncer à la célébrité si elle lui accorde un enfant...) ?
Personnages secondaires, mais sur la même scène : l'assistante (NoémieLvosky) amoureuse du réalisateur prête à abandonner mari et enfants pour un fantasme, le jeune comédien (LouisGarrel, toujours superbe en beau ténébreux) épris de Marcelline qui pourtant reste bien différente de la véritable NataliaPetrovna de la pièce de Tourgueniev, le réalisateur (MathieuAmalric) un peu entre deux chaises...
Tous, peut-être, à côté de la "vraie vie", celle par exemple du machiniste invisible qui a perdu successivement ses deux enfants... histoire qui provoque un fou rire chez Marcelline.
Sa vie familiale ressemble tellement déjà à du théâtre (sa mère et sa tante, d'origine italienne...), et les personnes disparues (son père, un amant) s'invitent si facilement chez elle, comme les personnages de fiction (la Natalia de la pièce, qui s'avère avoir beaucoup plus de cœur que Marcelline)...
Aussi, nul drame, on parle de suicide ou l'on se jette à l'eau comme l'on respire, mais la chanson "I will survive" reste le fin mot de l'histoire.
Peut-être un film trop centré autour du théâtre et de la vie d'acteur pour me ravir vraiment, mais ses résonances sont finalement assez profondes : il suffit pour cela de se laisser aller un peu au-delà de la scène...

BE KIND, REWIND (SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ)

De Michel Gondry.
Au début, j'ai hésité : la bande annonce ne me tentait franchement pas. Puis, je me suis dit :
1) Michel Gondry (EternalSunshineoftheSpotlessMind et La Science des rêves (The Science ofSleep), rien que ça !!!)
2) Jack Black : a joué dans HighFidelity, (le film qui m'a fait découvrir John Cusack), dans un rôle de vendeur de musique (ici, c'est de cassettes VHS).
3) MosDef : génial dans H2G2, le Guide du voyageur galactique (The Hitchhiker's Guide to the Galaxy) - bon, si vous ne connaissez pas, je n'ai que deux choses à vous dire : visionnez le film, et lisez le livre (en VO de préférence) : les deux se complètent et sont génialissimes de loufoquerie (un peu à la Monthy Python).

Donc j'y suis allée, et j'ai bien fait !
Cependant, j'ai trouvé la première partie bien meilleure que la seconde, sans doute parce que plus drôle : la seconde est plus engagée (les petite gens contre les grosses majors et les grosses entreprises en général), et perd un peu de son souffle, même si les détails de trucages sont parfois poilants : le piano à doigts, par exemple, m'a beaucoup plu !
Mais rien ne vaut certaines scènes du début, en particulier la magnétisation de Jack Black et ses conséquences : tordant.
A part ça, bien sûr : une réflexion sur le cinéma, etc, etc... Mais je laisse ça aux vrais critiques de cinéma : moi, ça m'a fait bien rire, c'est déjà ça !



BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS

Réalisé par Dany Boon, avec Kad Merad et Zoe Felix dans le rôle du couple de méridionaux, et Dany Boon en specimen de "Ch'ti".
Par suite d'une faute professionnelle (pour être muté au bord de la mer, Kad se fait passer pour un handicapé...), un directeur des services postaux se retrouve muté à Bergue, dans le Pas de Calais.
Poncifs confrontés à la réalité : une comédie mignonne, mais pas forcément très réussie : on rit un peu, mais c'est souvent un peu forcé. Les personnages sont très caricaturaux.
Quelques scènes bien vues, mais globalement, j'ai trouvé ça un peu niais.
Décevant, quoi.
Bon, au moins, on en ressort avec un vocabulaire augmenté : dracher, braire, biloute, etc.



57 000 KILOMETRES ENTRE NOUS

De Delphine Kreuter.
Pas un grand film, plutôt un essai réussi, dont le thème est le monde virtuel, tel qu'il s'immisce dans le quotidien contemporain.
Une "famille reconstituée" filmée et mise sur site, un homme jouant à l'enfant devant sa webcam, une ado se réfugiant dans les jeux en réseau, un autre ado sur un lit d'hôpital, dont l'ordinateur le relie à l'appartement de sa mère (mère qui, elle, coupe l'image pour ne pas voir son fils : cela la fait visiblement trop souffrir), jusqu'à ce qu'il l'éteigne (annonçant ainsi sa mort imminente), et, à côté, une vie "réelle" bien bordélique : un père transsexuel, une mère changeant de compagnon comme de chemise, une grand-mère travaillant un numéro de cabaret, deux enfants adoptifs submergés de jeux clignotants...
La façon de filmer est au début un peu pénible : plans rapprochés, manière de caméra amateur, puis ça se calme... ou on s'habitue.
Et on ressort en se demandant si on va retourner sur la Toile...
Mais oui, finalement. Pourquoi pas.


CORTEX


De Nicolas Boukhrief, avec André Dussollier.
Un flic à la retraite atteint de la maladie d'Alzheimer est admis dans une "résidence" (clinique) spécialisée dans ce genre de cas. Seulement voilà : est-ce pure affabulation ou triste réalité, des choses bizarres se passent, dans cette clinique, et les patients meurent un peu vite, et presque tous de la même cause : "infarctus passif". L'ancien flic (qui récite par cœur son Sherlock Holmes pour faire travailler sa mémoire) se bat contre son cerveau défaillant pour tenter d'y voir clair...
Bonne idée, que ce polar en milieu médical : encore une fois, le personnel soignant n'est guère présenté sous son meilleur jour, et le film me fait penser en cela à Je suis un Cyborg (voir critique). Et André Dussollier joue magnifiquement cet homme un peu paumé, mais têtu, qui perd la mémoire, mais continue à s'acharner sur certains détails...
Passionnant sujet, que celui de la perte de mémoire.
Beaucoup de films en parlent, en ce moment, mais je suis tombée récemment sur un recueil de nouvelles de R. Heinlein qui traitaient déjà parfaitement le sujet...


DIDINE

De Vincent Dietschy.
Une "comédie romantique" comme je les aime : des dialogues bien enlevés, une Géraldine Pailhas épatante en célibataire un peu paumée, bien qu'elle soit de loin la plus lumineuse : personnages qui se cherchent, en particulier Benjamin Biolay, magnifique lui aussi, pris entre une ex suicidaire et Didine, amie qu'il prendrait bien pour compagne, si seulement celle-ci le voulait/pouvait.
Finalement, tout se finit bien, dans ce film délicat et plein de fraîcheur : la suicidaire se suicide pour de bon, et Didine trouve enfin l'amour... Quant à Biolay, eh bien... il poursuit son chemin.
Les acteurs jouent tous très bien, en particulier la vieille tante du "coup de foudre" de Didine : rien d'exagéré, toujours plein de justesse, que ce soit dans les situations ou dans les dialogues.
Bref : j'en suis ressortie sur un nuage, en plus il faisait beau, on se serait cru un premier jour de printemps... Vive la vie !



IL Y A LONGTEMPS QUE JE T'AIME

De Philippe Claudel.
Hum... Quand j'ai vu cette bande annonce où tout le monde pleurait, je n'ai pas pu m'empêcher de me moquer doucement...
Ça m'apprendra.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant été "retournée" par un film. Français, de surcroît.
C'est un film "écrit", on sent effectivement la patte de l'écrivain là-dessous, et, franchement, j'ai adoré.
Je ne peux rien dire de l'histoire, puisqu'il faut la découvrir peu à peu, comme dans un livre, sinon le plaisir en serait gâché.
Alors je dirai simplement que KristinScottThomas est magnifique dans son rôle.
Et que tout ceux qui savent ce que c'est d'avoir un enfant (et sans doute, les autres également...) ne pourront pas échapper à l'émotion qui se dégage de ce film.
A voir absolument.
(et quand Téléramaparle de "film ruiné par ses dernières scènes", j'ai envie de foutre ce journal à la poubelle - même si il y a, à un moment, peut-être un peu trop de théâtralité, mais bon...)




INTO THE WILD

De Sean Penn, d'après le livre de JonKrakauer, et tiré d'une "histoire vraie".
Chris(topher) décide, une fois son diplôme de fac en poche, de tout bazarder pour partir "into the wild" : périple d'un peu plus de deux ans, d'abord vers l'ouest et le sud, puis vers le nord : l'Alaska, région incarnant pour lui la "nature" telle qu'il la cherche.
Il commence par refuser la nouvelle voiture que souhaitent lui offrir ses parents, puis donne ses économies à une œuvre caritative, et finit par abandonner sa vieille voiture et brûler son dernier argent, pour ensuite vivre au jour le jour de petits boulots, s'installant parfois un peu plus longtemps (lors des moissons, ou dans un village hippie où il retrouve un couple de soixante-huitards qui joueront vaguement - surtout la femme, qui a un fils de son âge ayant lui aussi disparu du paysage - le rôle de parents de substitution...), mais toujours dans l'idée de se préparer à son grand voyage vers le nord.
Cela aurait pu n'être qu'une ode au retour à la "vraie vie", un truc genre Kerouac, mais à pied.
Mais en fait, ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg.
La vraie histoire, c'est celle d'un jeune homme en rupture avec ses parents, qui s'est peu à peu rendu compte de leur hypocrisie, lassé de leurs disputes permanentes, un peu trop fragile pour y résister "normalement" (comme sa sœur, par exemple). C'est l'histoire d'un cristal qui se brise, trop pur pour accepter les compromis, qui se prend à son propre piège.
Quelques scènes un peu forcées (surtout celle de la fin ?), mais globalement, excellent film, poignant, très bien mené (série de flash-backbrisant une progression du récit qui aurait été, sinon, trop linéaire), qui est donc, finalement, pour moi, plus un film sur les rapports entre enfants et parents (voire grands-parents), et le refus de compromission d'un post-adolescent particulièrement sensible, qu'un simple film sur une expérience de "retour à la nature".
Pour Chris (EmileHirsch), partir, c'est renaître - et l'on passera donc par toutes les étapes de sa nouvelle maturation. Mais Chrisreste, fondamentalement, un enfant qui refuse de vieillir, de se plier aux lois de la société... Faire l'amour n'est pas dans ses cordes, il s'attache bien plus aux substituts de père ou de mère qu'il peut rencontrer sur son chemin qu'aux jeunes filles énamourées - qu'il traite finalement plutôt comme des sœurs.
Figure christique également, par moments...
Personnage un peu trop entier et, finalement, naïf, pour résister à Dame Nature, même s'il a longtemps eu de la chance : curieusement, c'est justement lorsqu'il souhaite revenir parmi les siens et se lasse de la solitude, qu'il commence à avoir de réels problèmes, et que la peur s'installe : comme si la nature ne voulait pas le laisser partir... Qu'il avait joué contre plus malin que lui... Sorte de morale finale : ah, tu as voulu tout jeter, tout couper, tout défier... eh bien, paie, maintenant... La nature, la vraie, n'est pas un terrain de jeux pour les gosses un peu trop gâtés par la vie : car, finalement, qu'avait de si dramatique sa situation familiale ? Un couple qui s'engueule devant ses enfants, menace de divorcer... Quoi de plus banal ? Simplement, Môssieurne voulait rien céder, surtout, ne pas se compromettre... Tout ça pour ne pas faire de mal comme les autres ? Mais il en a fait du mal : à sa famille, en premier lieu, et à lui-même, aux enfants qu'il aurait pu avoir, à la femme qu'il aurait pu aimer...
Qu'il ait choisi de vivre ainsi, après tout, c'est un choix, mais je ne vois pas en quoi il serait plus "moral" que les autres, bien au contraire. C'est le choix des ados, d'Antigone... Bien plus attirant, sans doute, que le "choix" de la vie adulte. Mais, finalement, ce que nous dit aussi cette histoire, c'est que ce choix de la vie adulte, soit tu le fais, soit tu meurs (car même la vie hippie reste un choix adulte, c'est bien montré dans le film).


JE SUIS UN CYBORG


Film Coréen de Park-Chan-Wook.  
Ou la folie vue de l'intérieur... d'un asile psychiatrique.  
Film touchant, plutôt délirant, mais qui atteint ses objectifs.  
Illusion et réalité s'entremêlent au gré des accès de folie des personnages.  
Pas un chef d'œuvre, plutôt une petite œuvre qui fait réfléchir, à la fois sur les institutions psychiatriques, et sur la folie elle-même, qui apparaît ici comme faisant partie intégante du paysage, au point que ce sont plutôt les "blouses blanches" qui semblent à côté de la plaque, et complètement déconnectées de ce qu'il se passe "réellement"...  
Le film insiste particulièrement sur le rapport à la nourriture : la chose importante pour les "blouses", c'est avant tout de bien manger... alors que l'aliénée-cyborg, elle, cherche le sens de sa vie (pouquoi ce cyborg a-t-il été créé ? Pour détruire ce monde de blouses blanches qui lui a pris sa grand-mère... en oubliant son dentier) et refuse de manger parce que cela risque de détruire ses circuits : il suffit de comprendre son point de vue pour contourner le problème, et c'est ce que parvient à faire son "ami"...  
Opposition/mélange du matériel et du spirituel : la "cyborg" parle aux néons et aux machines à café, le dentier oublié par sa grand-mère devient un véritable appareil de communication avec le monde des choses, à la fois objet transitionnel et relationnel; l'"ami" peut voler une aptitude au ping-pong ou une politesse maladive par des rites bien à lui et tenant du chamanisme...et n'a une seule crainte : de rétrécir puis disparaître, raison pour laquelle il ne cesse de se brosser les dents... Pendant ce temps, les blouses soignent aux électrochocs et aux thérapies de groupes (virant souvent au pugilat), et semblent vraiment faire partie d'un autre monde...  
En conclusion, un film assez spécial mais marquant, que je conseille à quiconque un tant soit peu intéressé par le sujet !
Bref, idéal pour ressortir avec la banane et continuer à danser tout la journée (à condition d'avoir un peu le sang slavo-tsigane...)


JUNO

De Jason Reitman.
Excellents dialogues signés Diablo Cody, dont voici ce qu'en dit le Monde :
En 2003, la jeune femme (elle est aujourd'hui âgée de 30 ans) gagnait sa vie comme strip-teaseuse à Minneapolis. Comme elle l'a elle-même rappelé, elle n'était pas la plus jolie, pas la plus demandée. Mais c'était la seule à tenir un blog. Sur un site local des Twin Cities (Saint Paul et Minneapolis), son Pussy Ranch est devenu un de ces phénomènes de la Toile. Il n'en subsiste aujourd'hui que des fragments qui témoignent d'une énergie exhibitionniste canalisée par une faculté virtuose à combiner les formes de langage.En 2004, le producteur Mason Novick prend contact avec Diablo Cody (née Brook Hunt) et lui demande si, par hasard, elle n'aurait pas un scénario à lui présenter. En guise d'échantillon, la blogueuse-strip-teaseuse lui propose Juno.
Bref, dialogues décapants, et une actrice épatante : Ellen Page, qui me fait personnellement un peu penser à Thora Birch dans American Beauty (l'un des films de mon "top 3"...).
En plus, le scénario ne tombe pas dans les clichés habituels, tout est ici naturel, et profondément "sain" : l'ado est très adulte, finalement, et sait parfaitement, peut-être pas encore ce qu'elle veut, mais en tout cas ce qu'elle ne veut pas. Et son "amoureux" n'est pas le top model habituel : grand dadais un peu gauche, l'anti star...
La belle-mère est excellente, le père également, quant au couple de parents adoptifs, très bien choisis, eux aussi : une jeune femme qui désire profondément un enfant mais à l'apparence superficielle et un peu bourge coincée, et un trentenaire qui n'a pas dépassé encore le stade de l'adolescence : Juno s'entend évidemment très bien avec le second, mais cela pourra-t-il durer...
En résumé : les problèmes d'une ado tombée prématurément enceinte - mais qui, finalement, gère ça magnifiquement bien.
A voir !



JUMPER

Réalisé par Doug Liman
Avec Hayden Christensen (alias Anakin Skywalker) et Samuel L. Jackson.
Très drôle, au troisième degré...
Scénario indigent (ils faisaient déjà grève, à l'époque ?), personnages caricaturaux et surjouant...
Avec une idée pareille (la téléportation), franchement, on aurait pourtant pu faire des merveilles... Mais là, non. Quelques justifications pseudo-scientifiques, beaucoup de mélo pour rien...
N'empêche, quand on a jumpé un feu orange foncé en rentrant, et que les Paladins nous ont arrêtés, on aurait bien aimé être Anakin Skywalker !!!



LA FABRIQUE DES SENTIMENTS

De Jean-Marc Moutout.

Avec Elsa Zylberstein.
De l'amour en speed dating. On en ressort grisaillant, l'humeur en berne. Trentenaires même pas vraimet en quête de sens, juste d'épaule sur laquelle s'appuyer. Quelques scènes sympas, surtout avec Jacques Bonnaffé, un peu style Bacri-loser démystifié.
Mais franchement, sur un peu le même thème, Didine était nettement plus intéressant.
ici, l'on s'ennuie et l'on ressort morose...


LA FAMILLE SAVAGE

De Tamara Jenkins, avec Philip Seymour Hoffman (le frère), Laura Linney (la sœur), Philip Bosco (le père).
Frère et sœur doivent rapatrier leur père d'une contrée idyllique - sorte de paradis pour vieux : Sun City, Arizona - vers leur côte Est enneigée et glacée : Buffalo (ouest de N.Y, sud des chutes du Niagara, est du lac Erie).
Le film n'est pas très dynamique, mais il est plutôt bien vu, et j'ai aimé cette façon de filmer les choses sous un angle original.
Le pitch n'est pas franchement drôle : comment s'occuper d'un père mourant que l'on a perdu de vue depuis un bon bout de temps, et souffrant d'un début de "démence sénile"...
Mais tout une série de scènes mettent un peu d'humour dans tout cela : le frère est un spécialiste de Brecht assez émotif mais refusant absolument de se marier avec son amie Polonaise, la sœur une secrétaire intérimaire issue des Beaux-Arts qui écrit des pièces de théâtre en espérant en monter enfin une un jour, et très attachée à trois choses : son chat, son ficus, et le chien de son amant (un homme marié qui lui permet surtout de "conserver une vie sexuelle équilibrée").
Un film plutôt sympathique, avec de bons acteurs, et souvent très juste en ce qui concerne les relations humaines, mais auquel il manque le petit quelque chose qui font les films qui marquent - comme American Beauty, par exemple.

LA GRAINE ET LE MULET

Film d'Abdellatif Kechiche, le réalisateur de l'Esquive.
Au début, je me dis, flûte. Encore un film encensé par Télérama et au cours duquel je vais m'ennuyer à mourir, pendant 2h31mn, en plus.
Il faut que je vous avoue une chose : je ne peux pas me passer de mon hebdomadaire, ne serait-ce que pour avoir les horaires des films, les programmes télé, le courrier des lecteurs (surtout!!!)... et, bien entendu, les critiques de cinéma, mais j'utilise ces dernières d'une manière assez personnelle : lorsque les bonshommes sont trop enthousiastes ou vraiment fâchés, je me méfie un peu...
Enfin bref, heureusement, cette fois, le sourire du petit bonhomme de Télérama était bien mérité.
Insensiblement, on finit par vivre le quotidien des personnages avec presque autantde passion que l'on suivrait un film à suspens - et, d'ailleurs, il y en a, du suspens : cet ouvrier licencié à la veille de la retraite ("Monsieur Beiji") réussira-t-ilà ouvrir son restaurant (sur un vieux bateau promis à la casse), malgré les lourdeurs administratives et le mépris qu'éprouvent les "huiles" de la ville (Sète) envers cette communauté trop française pour être exploitée comme de la main d'œuvre étrangère, et trop étrangère pour être vraiment "de chez nous"...
On se surprend même (en tout cas moi) à frémir d'angoisse au moment où le couscous censé ravir les palais des susdites "huiles" manque d'être renversé... on pressent le drame qui se noue par la faute du fils aîné de Beiji, ce fils, époux et père indigne que les femmes de sa famille continuent à protéger, malgré tout, et l'on s'effondre avec le reste de la famille lorsque la catastrophe advient effectivement.
Les femmes ont, avec les vieux, le beau rôle dans ce film : les vieux se tuent à essayer de rendre la vie de leurs enfants plus heureuse, confortable, tandis et les femmes gèrent le quotidien, en particulier la cuisine (le couscous au poisson !!! - d'où le titre), et les conflits familiaux.
En revanche, les deux fils de Beijine sont pas à leur avantage : l'aîné délaisse sa femme et son fils pour courir les jupons et se saouler, et le cadet suit son frère en tout, aussi bien pour conseiller son père de retourner au "bled", que lorsqu'il s'agit de couvrir les frasques de son grand frère. Son seul côté sympathique est d'être amoureux de Rym (HafsiaHerzi, récompensée à Venise), la fille de Beijipar sa seconde femme/maîtresse, qui explose véritablement à l'écran, en particulier dans la séquence finale de danse du ventre.
Pendant que les femmes et les vieux sauvent ainsi véritablement le navire, Monsieur Beiji se fait voler son vélomoteur, et devient le jouet de jeunes morveux qui n'ont rien trouvé de mieux que de faire courir un vieillard; sans pitié.
Mais les personnages les plus insupportables de l'histoire sont encore ces gens de "la haute", qui se laissent inviter pour cracher dans la soupe, et qui sont finalement les véritables coupables du drame final : c'est la femme mariée au futur maire de Sète qui séduit le fils aîné, et le trouble au point de le faire s'enfuir au moment crucial...
Je ne sais pas trop en quoi tient la magie de ce film, qui a réussi tout de même à me tenir en haleine pendant deux heures et demie sur une histoire de famille et de couscous (en ne négligeant aucune scène de ménage !!!) mais le fait est que ça fonctionne. Et en plus, j'en suis ressortie avec l'impression d'avoir vécu et appris quelque chose de nouveau...
Ça valait le coup d'y consacrer un peu de temps, non ?


LE LIBRE-ARBITRE

Film allemand, de Matthias Glasner - titre en VO : Der freie Wille.
Décidément, le cinéma allemand a le vent en poupe, en ce moment (à moins que ce ne soit les distributeurs français, qui deviennent moins frileux ?)
Film long (2h48 !!!), et dans la veine "réaliste" : pas ce que je préfère, a priori, mais je dois avouer qu'à la fin, j'en suis ressortie sonnée, même si j'ai parfois souffert des longueurs - mais était-ce vraiment des longueurs...
Le(s) sujet(s) : le libre arbitre, vs la dépendance.
Certaines dépendances peuvent être inoffensives pour les autres : le boulimique, par exemple, ne fait souffrir que son corps, et peut-être certains proches ; le fumeur nuit déjà un peu plus physiquement à son entourage ; l'alcoolique peut rapidement devenir un danger pour autrui ; les drogués... tout dépend un peu de la drogue, mais la bouffe, le tabac ou l'alcool n'en sont-elles pas ?
Et après, viennent les "malades", ceux qu'on enferme, parfois en prison, parfois à l'hôpital : violeurs, tueurs en série, pédophiles...
Theo (Jürgen Vogel) a eu de la chance : violeur violent (il ne tue pas, toutefois), il a bénéficié d'une tentative de "traitement", et sort à présent retrouver la liberté.
On ne nous épargne rien : ni le viol qui l'a conduit à l'internement, ni ses pulsions qui reviennent dès qu'il se retrouve un peu seul... Mais le tout est filmé avec le strict nécessaire, pas plus.
Theo finit par entrer dans la vie de Nettie (Sabine Timoteo), et on croirait presque à sa guérison définitive... sauf que le film continue...
Car peut-on vraiment guérir d'une dépendance ? Evidemment, quand il s'agit d'arrêter de fumer, une rechute est moins grave que lorsqu'il s'agit d'arrêter de violer. Où s'arrête notre libre arbitre... Vient le moment où l'on doit parfois choisir entre la liberté des autres et la sienne propre, entre faire du mal à son propre corps, ou à celui des autres. La scène finale est magnifique. Et donne tout son poids au titre du film. Parfois, le libre arbitre peut conduire à se tuer, et c'est ce que doit se forcer à accepter Nettie.
Message dérangeant, cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film aussi dur... Car aussi vrai.


LE LIMIER - SLEUTH

De Kenneth Branagh, avec Michael Caine et Jude Law, scénario d'Harold Pinter.
Avec tout ça, comment un tel film ne peut-il pas être excellent...
Remake d'un film de Mankiewicz, et d'après la pièce de théâtre d'Anthony Shaffer.
Impossible de dire grand-chose de l'intrigue sous peine de déflorer le film, mais les acteurs jouent magnifiquement. Apparemment, dans le film de Mankiewicz que je n'ai pas vu mais cela ne saurait tarder à présent, Michael Caine jouait le rôle tenu par Jude Law.
Huis clos psychologique, forme très théâtrale - avec unité de lieu : une grande maison au design futuriste et pleine de gadgets hi-tech ; l'action se joue en deux soirées (comme s'il y avait un entracte entre les deux), et le jeu en trois sets.
Jude Law (a-t-il déjà joué dans un mauvais film ?) déborde de sensualité légèrement perverse, miam.


LE NOUVEAU PROTOCOLE

De Thomas Vincent, avec ClovisCornillac et Marie-JoséeCroze.
Bon, point de vue film en lui-même : un "polar engagé" assez bien mené, on ne s'ennuie pas, bien que j'aie tendance à préférer les made in USA dans ce genre.
Point de vue message : pas trop de "tout blanc/tout noir", même si le monde des grandes firmes pharmaceutiques n'est vraiment pas présenté sous son meilleur jour (cependant, comme le disait ClovisCornillac dans une interview, vu que personne n'a porté plainte, ça ne doit pas être si éloigné de la vérité que cela...).
Ce qui est bien, surtout, c'est que les autres ne sont pas tellement mieux : les militants prêts à tout, et dont la philosophie peut facilement aller jusqu'à tuer pour pouvoir se faire entendre...
Le suspens est bien entretenu : qui est dans le vrai, là-dedans ? La seule chose apparemment indiscutable est la politique menée dans le Tiers-Monde : cobayes humains à volonté, et si on ne peut plus le faire dans une région... eh bien, on va ailleurs !
Sacrées réflexions sur le fait que l'on pousse à la médication ceux qui peuvent payer... et les autres, en gros, qu'ils crèvent...
Médicaments contre tout, de la dépression à la calvitie et à l'anti-vieillissement. Les vaccins, eux, ne représenteraient qu'un maigre 1% du total des bénéfices...
Bref, un film qui navigue entre un polar classique et un documentaire à la MichaelMoore.
Intéressant, si ce n'est d'un point de vue purement cinéphile, du moins d'un point de vue citoyen, et humain.


LE SOUFFLE (de Kim Ki-Duk)

Une femme, que son mari trompe ouvertement, s'éprend d'un condamné à mort... Sans même chercher à connaître son crime (elle ne l'apprendra qu'à la fin), émue par ses tentatives de suicide à répétition retransmises par les médias, elle prend l'habitude de lui rendre visite, et à chaque fois organise une nouvelle mise en scène : posant des papiers peints sur les murs, chantant et s'habillant conformément à la saison qu'elle veut faire revivre (en plein hiver enneigé, elle s'habille en robe d'été et se rend ainsi jusqu'à la prison...), du printemps à l'hiver...
Peu à peu, le condamné s'éprend à son tour, ce qui n'est pas du goût de l'un de ses compagnons de cellule, jaloux. Ni du goût du mari. Mais tous finissent par céder à l'étrange amour de cette femme, au-delà du bien et du mal.
Quelques scènes à la limite du ridicule - lorsque la femme chante, tout de même assez faux, mais n'est-ce pas justement cela l'intérêt : montrer la candeur de l'acte ? - mais film extrêmement prenant, original, et philosophiquement stimulant : que demander de plus ?



LE VOYAGE DU BALLON ROUGE

De Hou Hsiao-Hsien.
J'avais hésité à aller le voir, mais vu que cette semaine, il n'y a pas grand-chose qui me tente vraiment...
Apparemment, ce film a été inspiré d'un court métrage de 1956 : "Le Ballon Rouge" d'Albert Lamorisse, en tout cas c'est ce qui est dit à la fin, moi je ne connais pas.
Juliette Binoche, Hippolyte Girardot et un charmant petit garçon blond y jouent.
Mais moi, je me suis endormie, un peu, au milieu. Pourtant, j'ai lutté.
Mais trop de scènes sans rien, poétiques parfois - le ballon rouge qui se ballade... Mais vraiment trop lentes, trop longues. Seuls moments de réveil : les crises piquées par Juliette Binoche, excellente dans son rôle. H. Girardot, on le voit trop peu. Quant à la babysitter chinoise, elle est très bien elle aussi, mais confinée à un rôle d'accompagnatrice, qu'elle ponctue de "d'accord".
D'histoire, très peu : on devine quelques relations, mais tout reste très banal, très quotidien. Et on voit Paris. Un film pour les Chinois, peut-être ?


L'HEURE D'ETE

De Olivier Assayas.
Je ne sais pas ce qui ne me plaît pas, dans les films français (peut-être que je suis comme le Michel Denisot des guignols, je souffre de cinéphilie ?).
Toujours le même cinéma bobo-riche: ici, une vieille femme meurt, ses héritiers discutent (plutôt gentiment) de la gestion de l'héritage : ils ont besoin d'argent, les pauvres, l'un pour acheter une maison à Pékin et louer une maison de vacances à Bali, l'autre va se marier à New-York...
Bien sûr, les acteurs sont épatants... (quoique, je préfère nettement la JulietteBinoche de MyBlueberryNights...)
Et puis, il y a un sujet intéressant : la vie des œuvres d'art, leur usage : doit-onles "enfermer en prison" (musées, collections privées) ou les laisser vivre ("un vase est fait pour contenir des fleurs") ? Heureusement, serais-je tentée de dire : sinon, on s'ennuierait encore plus ferme. Aussi : vers la fin, la nouvelle génération, la dernière fête à la maison, quelques problèmes de jeunesse (vols gentils, petite fumette... problèmes d'enfants de bobos riches...)
Mais ça finit par énerver.
Le seul personnage un peu moins aisé est la vieille qui s'occupait de la maison, mais on la voit si peu, errant déjà comme un fantôme sur la fin.
Je crois que c'est cela, qui fait que je préfère les films étrangers : ils sont beaucoup plus ancrés dans la réalité. La réalité des films français, c'est celle de cette petite minorité d'intellos parisiens (ou presque), et de surcroît aisés.
Les réalisateurs français croient-ils que c'est cela, qui nous fait rêver ? N'ont-ils rien d'autre à nous mettre sous les dents ?


LUST, CAUTION 色·戒

Film d'AngLee.
Pour la signification du titre chinois (色·戒 se-jie), Télérama a interviewé la traductrice d'EileenChang, auteur du roman dont le film a été directement inspiré.
Je cite : "se désigne la couleur, le charme féminin et le désir sexuel ; jiesignifie l'abstinence, la retenue et la prudence, mais les deux termes signifient encore rôle de théâtre, bague et aussi encercler, donner l'alarme".
Un titre donc au combien évocateur...
Ce qui m'a le plus épatée, c'est que le même réalisateur puisse gagner deux fois le Lion d'Or de Venise avec deux films aussi différents que BrokebackMountain et Lust, Caution.
Pour le premier, je n'aurais jamais cru à un réalisateur... Taïwanais. Le second évoque immanquablement WongKarWai.
Le récit est double : d'une part, la situation de la Chine (plus précisément, Hong-Kong et Shanghai) lors de la seconde guerre mondiale, l'occupation par le Japon, avec donc des collaboset des résistants. D'autre part, l'histoire d'amour qui se noue, entre une "résistante" (étudiante dont la petite troupe de théâtre se mue peu à peu en groupe d'action) et un "collabo" (particulièrement intouchable... et sans pitié).
La partie "historique" est très plaisante : reconstitution de l'ambiance de l'époque, parties de Mah-Jong, scènes de rue...
Mais c'est surtout l'histoire de Wong Chia Chi (TangWei) qui porte le film : abandonnée par son père parti refaire sa vie en Angleterre en y emmenant son jeune frère, elle devient vite l'égérie d'un petit groupe d'étudiant dont le leader, frustré de ne pas pouvoir partir à la guerre comme son frère récemment décédé, se pique de politique : des pièces engagées aux meurtres de collabos, il n'y a finalement que peu de pas... Idylle platonique entre l'étudiante et le leader, dont l'engagement les privera de l'histoire d'amour qu'ils auraient pu vivre : Wong Chia Chi doit séduire MrYee (TonyLeung), et finira par tomber dans son propre piège...
Clairement, cette histoire fait référence à In themoodfor love : mais en s'y opposant souvent. Tension amoureuse, mais cette fois assumée, mêmes belles robes de soie (mais plutôt une : la bleue, plutôt que l'immense garde-robe de Maggie Cheung) et profonde élégance de l'actrice principale - sauf que là, on sait que l'amour est bel et bien consommé, et plus d'une fois, et AngLee ne se prive pas de nous le montrer avec précision.
Pourtant, pas de pornographie dans les scènes d'amour : simplicité et justesse. C'est d'ailleurs là, à mon avis, l'une des prouesses du film : montrer l'amour tel qu'il se forme (plusieurs étapes, plusieurs scènes d'amour), et tel qu'il se joue.
TonyLeung est vraiment magnifique dans son rôle, et TangWeiest pour moi la révélation de l'année. Je n'en revenais pas, au début du film : scène de théâtre jouée par les étudiants - eh bien, elle a réussi à me tirer une larme, alors qu'elle jouait le rôle d'une actrice jouant un rôle dans une pièce patriotique !


MAD DETECTIVE

De JohnnyTo.
Du cinéma Hong-Kongais, mais pas trop violent pour une fois, plutôt style polar psychologique, avec une bonne trouvaille : le flic "fou", mi-médium, mi-psy, qui voit littéralement les différentes personnalités des gens - même celles de son ex-femme : il a gardé avec lui celle qui l'aimait...
On le voit ici mener son enquête, soutenu par un de ses ex-assistants. Mais ses manières pour le moins surprenantes le font passer un peu trop souvent pour un fou...
Plutôt pas mal.


NO COUNTRY FOR OLD MEN

Ah, les frères Cohen, oh, Javier Bardem, bon, évidemment, je me précipite...
Je devais m'attendre à mieux, et la bande annonce avait dû être trop prometteuse : j'ai été légèrement déçue.
Pas de musique, une certaine lenteur, et, surtout, une fin sans fin véritable...
Pourtant, des morceaux d'anthologie, des acteurs impeccables... Mais, à force de vouloir changer les ficelles des polars classiques, les frères Cohen nous livrent ici quelque chose de plutôt insatisfaisant à l'esprit. C'est cela qui doit les amuser, sans doute, de se jouer de leurs spectateurs... Oh, le héros du film. Tiens, il n'est plus là : il est mort. Et on n'a même pas la scène de fin!
Les seuls qui en réchappent sont le tueur et le vieux shériff. Pour rien. Juste parce qu'ils sont restés à leur place, au propre comme au figuré. Et qu'ils ont eu de la chance. (thème du pile ou face : on survit ou on meurt par hasard, et ceux qui refusent de jouer meurent à coup sûr.)
Bien sûr, j'ai tout de même aimé. J'ai bien ri, parfois.
Mais ça manquait simplement d'une petite touche à la Tarantino, à mon goût.


PARIS

De Cédric Klapisch.
Ah, Paris...
En plus, le Paris que j'aime : celui du XIème, du XIX/XXème, un peu Montmartre, un peu aussi Montparnasse... vues éclatées, même un peu de Cameroun de temps en temps, personnages aux trajectoires diverses qui se rencontrent ou ne se rencontrent pas...
Au centre : Pierre (Romain Duris), danseur malade du cœur, sa sœur (Juliette Binoche), assistante sociale un peu malade du cœur elle aussi, mais pas du même, puis d'autres, en spirale : un prof d'histoire à la fac (Fabrice Luchini) qui accepte de faire des émissions à la télé pour arrondir ses fins de mois et tombe amoureux de l'une de ses étudiantes (Mélanie Laurent), et son frère (François Cluzet), architecte, qui attend un enfant, des vendeurs sur le marché de Belleville (dont Albert Dupontel), une boulangère (Karin Viard) trois femmes dans le milieu de la mode, un Camerounais dont le frère va bientôt arriver en France, quelques autres encore...
J'ai trouvé cela très bien mené, et certaines scènes vraiment poilantes : Luchini chez le psy, Luchini tripant sur du rock, mais aussi Karin Viard, éclatante de faux sourires et de préjugés...
Et j'ai bien retrouvé Paris, dans ce film : où l'on peut faire la fête tout en restant seul, croiser ses voisins sans les reconnaître, faire des rencontres un peu n'importe quand et n'importe où, ville de célibataires et d'exclus, de bobos et de ronchons...
Surtout, ce qui est bien, c'est que l'on repart en ayant encore un peu faim : des routes se sont croisées, des histoires se sont faites et défaites, mais la vie, globalement, continue, pas de fin particulière, on peut s'inventer ses propres suites...


PEUR(S) DU NOIR

Scénarios de Blutch, Charles Burns, Marie Caillou, Pierre Di Sciullo, Lorenzo Mattotti, Richard McGuire.
Plusieurs petits films/dessins animés, parfois en plusieurs parties, histoires de rêves ou de peurs, entrecoupés de réflexions lues par Nicole Garcia sur un fond de variations graphiques en noir et blanc de Di Sciullo.
Les styles varient au gré des artistes, j'ai particulièrement aimé l'histoire se passant au Japon (de Marie Caillou), et celle du garçon pris dans les rets d'une sorte de mante religieuse (de Charles Burns).
Et j'ai adoré les réflexions de Nicole Garcia, souvent si justes.
Evidemment, c'est pour adultes : pas forcément très éprouvant pour les nerfs, mais plutôt dur.
Seule la dernière histoire, de Richard MacGuire, tend vers la tension classique des films d'horreur. Les autres oscillent entre onirisme et fantastique.
Très intéressant en tout cas, et très original.



PROMETS-MOI

Certains films de Kusturica m'avaient un peu agacée : en particulier, je n'avais pas été fan d'Underground. En revanche, j'avais adoré Chat noir, Chat blanc.
Eh bien là, j'ai à nouveau adoré : du délire à l'état pur, des acteurs extras (bien sûr, Miki Manojlovic [Bajo], mais aussi et surtout le jeune Uros Milovanovic, excellent dans son rôle de jeune paysan facétieux). L'histoire n'est que peu de chose : un jeune paysan quitte son grand-père pour aller en ville avec quatre missions : 1) Vendre la vache 2) Acheter une icône de Saint-Nicolas 3) Ramener un souvenir 4) Se trouver une femme.
Comédie avec force musique serbe et sons de mitraillettes : ici, on parle en dansant toujours un peu, et l'on tue comme l'on joue.
Des trouvailles géniales : les mécanismes farfelus du grand-père (ou comment réveiller un ado qui dort profondément/ endormir un taureau pour le castrer/ surveiller le voisinage / éloigner les prétendants indésirables de l'instit locale) ; les frères chauves -un grand, un petit - indestructibles et très joueurs ; le projet de Bajo : construire des Twin Towers ! Et j'en passe...
Evidemment, pas mal de grivoiseries (Miki Manojlovic est décidément encore en pleine forme !)



QUATRE MINUTES

Film allemand, de Chris Kraus.
Le titre est encore une fois bien choisi : les dernières "quatre minutes" du film sont époustouflantes. Franchement, je ne suis pas une fan inconditionnelle de piano, mais là, j'en avais les larmes aux yeux...
Une vieille femme donne des cours de piano à des jeunes femmes dans une prison.
La vieille femme (MonicaBleibtreu - quel nom !) a un passé plutôt mouvementé : son premier employeur était... Obersturmführer, et ses amours, lesbiens. La jeune femme aimée à l'époque a finie exécutée.
Elle va peu à peu s'attacher à une "élève", exceptionnelle mais meurtrière (quoique, finalement, peut-être est-elle innocente...) : HannahHerzsprung (là aussi, quel nom !) explose littéralement dans son rôle de jeune révoltée.
Car c'est là le propos du film : comment sauver cette jeune fille de vingt ans, qui à moins de dix cumulait déjà les premiers prix, à douze s'est fait violer par son père lorsqu'elle a voulu arrêter le piano, puis est tombée de plus en plus , au point de finir incarcérée pour meurtre.
La tension est constante, l'univers carcéral plutôt bien rendu, que ce soit du point de vue des prisonnières ou de l'encadrement, les flash-back opportuns, mais surtout, la relation entre les deux femmes, vieille prof et élève à vif, est magnifiquement développée, et les scènes de piano, version classique ou "musique de nègres" (dixit la vieille), très bien intégrées.
Bref, j'ai adoré, et encore une fois, la dernière scène est véritablement é-pou-stou-flante.


REVIENS-MOI

Film de Joe Wright (réalisateur) et Christopher Hampton (scénariste), d'après un roman de Ian McEwan.
Titre anglais : atonement : expiation, réparation.
Curieusement, le titre français insiste sur le mélo (ce "reviens-moi" peut-être un peu trop souvent prononcé à un moment du film : "come back to me"), alors que le titre anglais renvoie à la véritable héroïne : pas Cécilia (Keira Knightley, magnifique au demeurant), mais Briony (incarnée par trois actrices différentes : Saoirse Ronan, Romola Garai et Vanessa Redgrave, pour ses "trois âges de la vie"...) : celle par qui tout arrive, et qui passera sa vie à regretter l'acte (la dénonciation hasardeuse) qu'elle a commis à l'âge de treize ans.
Il y a, d'abord, dans ce film, une histoire d'amour comme on (je) les aime : enfiévrée, vite empêchée... bref, de ces histoires d'amour impossibles qui prennent à la gorge, d'autant que les acteurs ont tout pour eux : je découvre pour ma part James Mc Avoy, le Robbie du film, qui a un petit air Edward Nortonesque, en plus sexy...
Quelques longueurs un peu trop "mélo" à certains moments, mais sinon, c'est vraiment très bien fait (en particulier tout le début du film ; la partie "guerre" m'a moins enthousiasmée, sauf la fin, à Dunkerque : fantastique plan séquence)
Vers la fin, on glisse vers le deuxième "sujet" : celui de la création littéraire (et cinématographique) : Briony est écrivaine dans l'âme, sa version doit tenir compte de ses lecteurs... et en effet, qui, dans la salle, serait contre un "happy end", après tant d'épreuves ?
Et, en effet, on l'aura... Mais en sachant pertinemment qu'il s'agit d'une affabulation. Car dans ce film, le spectateur sera toujours celui qui en saura le plus (l'identité du "violeur" de la 1ère partie n'échappe à personne... sauf aux personnages du film...)
Un troisième sujet, en fond : histoire individuelle contre Histoire collective : le film permet aussi d'y réfléchir, ne serait-ce qu'un petit peu... Tout bien pesé, et une fois que l'on se sort la tête de cette magnifique et/car triste histoire d'amour, à côté de tous ces morts à la guerre... Notre beau couple de héros aura au moins eu une très agréable première période (dont l'apogée aura été la scène dans la bibliothèque, magnifique de sensualité), c'est déjà cela.


SWEENEY TODD


Quelle semaine !!! Après JavierBardem et les frères Cohen, JohnnyDepp et TimBurton.
Sans oublier HelenaBonham Carter, déjà repérée dans Fight Club et je ne sais plus où (ma mémoire flanche!!! Ah oui, Harry Potter !), que personnellement, j'adore...
Dès le début, on retrouve l'univers Burtonien, version gore : ça m'a fait penser à Charlie et la chocolaterie, mais avec du sang et des boudins à la place du chocolat...
La scène du début se trouve d'ailleurs abondamment expliquée/développée au cours du film...
Beuh, promis, plus jamais je ne mangerai de meat pie !!!
Seul hic pour moi à ce film magistralement mené : le côté "comédie musicale" qui me fait toujours tiquer... Mais bon, c'est très subjectif. Et puis, le côté gore fini par faire oublier le côté soap...
Un Johnny Depp en pleine forme, avec un look oscillant entre Pirates des Caraibes et Edward aux mains d'argent, sa comparse Helena elle aussi au top et qui vous dégoûterait à vie des meatpie (excellente scène de "cuisine" aux cafards) deux jeunes premiers jouant les tourtereaux innocents au milieu de la boucherie (et, par là, un peu "guimauve" par rapport au reste...), deux "méchants" (TimothySpall et AlanRickman, eux aussi jouant dans Harry Potter !!! Ceci dit, j'aime beaucoup AlanRickman, surtout depuis Snowcake de Marc Evans, où il joue un rôle d'homme "normal", un peu paumé, tout à fait différent de ses rôles "habituels"), et même l'ex-Borat (Sacha Baron Cohen), jouant un faux italien succulent...
Le tout filmé à la manière de Burton : accélérés, décor théâtral, couleurs style Etrange Noël de Mr Jack, etc.
Bref, les fans de Burton ne peuvent que se régaler, et comme j'en fais partie...


THE BUCKET LIST (SANS PLUS ATTENDRE)


De Rob Reiner, avec le grand Jack Nicholson, et MorganFreeman.
Deux hommes qui se savent condamnés à court terme (six mois) établissent une liste des choses à faire avant de mourir.
Ce qui donne tout son intérêt au film, d'abord, c'est la réelle faisabilité de cette liste, puisque le personnage joué par Nicholsonest milliardaire, mais surtout la grande différence de caractère des deux personnages : un milliardaire égoïste (enfin, pas tant que cela, finalement, qui préfère se poser directement en personnage insupportable que d'avouer ses faiblesses), athée et jouisseur, et un mécanicien (qui aurait pu être prof d'histoire à fac s'il n'avait pas dû subvenir aux besoins de sa famille) fidèle à sa femme, et plutôt croyant.
Pas de caricature outrancière dans tout cela, beaucoup de finesse au contraire, et l'on en ressort avec cette question : et si moi, je n'avais plus que six mois à vivre, que ferais-je ?
Les arguments de Nicholsonsont imparables : à quoi bon tenter de faire bonne figure au milieu de proches qui vous enterrent déjà à moitié malgré toute leur bonne volonté, pourquoi ne pas plutôt partir en beauté ?
Et le commentaire sous-jacent : si l'on reste, ce serait plus pour les proches que pour soi-même.
Cependant, lorsque l'on retrouve Nicholsontout penaud... et tout seul, alors que l'autre jouit de la joie d'être entouré par ceux qui l'aiment (et également un peu porté par sa foi), on se prend un peu à douter.
Bref, un film tout en nuances, avec peut-être quelques longueurs au niveau des différentes contrées visitées, mais globalement très réussi.

Petit commentaires pour moi : quel pied, si l'on pouvait connaître la date de sa mort !
Moi, je crois que je serais assez proche de l'option des deux compères : en profiter au maximum, disons, la dernière année. En laissant un gros, gros découvert à ma banque (après avoir évidemment pris des précautions pour que mes proches n'en souffrent pas)
Le problème, c'est que si tout le monde faisait ainsi, ce serait la fin des banques ! (ouais, sauf qu'elles trouveraient certainement une parade...)
Mais non, "on" serait honnête : on économiserait toute sa vie pour cette dernière année, bien sûr...



THE DARJEELING LIMITED

De Wes Anderson.
Avec Adrien Brody, que j'aime beaucoup, mais aussi Owen Wilson (le blondasse des nouveaux Starsky et Hutch...) et JasonSchwartzman (mais où l'ai-je déjà vu ?).
Eh bien, contrairement à ce que la bande annonce pouvait faire redouter, c'est un film EXCELLENT.
Drôle, mais pas que.
Trois frères se retrouvent en Inde dans un train à l'initiative de l'aîné, qui a failli perdre la vie (ou a voulu se suicider ?) dans un accident de moto et a décidé de renouer les liens avec ses frères (distendus depuis la mort de leur père ; la mère, quant à elle, s'avère s'occuper d'un monastère qui se situe à l'étape ultime - enfin, suivant le plan originel - de leur voyage "initiatique", donc).
Les caractères sont très bien traités, tout est fin, là-dedans : on rit des petites manies propres à chacun des trois frères, puis, parfois, on est au bord des larmes.
Les acteurs sont tous excellents - y compris, bien sûr, NataliePortman au début - et un Bill Murray ratant malheureusement son train par la suite...

THE DEAD GIRL

De K. Moncrieff.
Autour de la mort d'une jeune femme - retrouvée dans un champ, tailladée - cinq destins de femmes.
Ces femmes ne se rencontrent pas, elles sont uniquement liées par la femme morte : l'"étrangère" qui la découvre ; la "sœur" qui espère que le cadavre retrouvé est bien sa sœur, et qu'elle va enfin être délivrée de 15 années de recherches infructueuses qui ont dévoré sa vie ; la "femme", celle du tueur ; la "mère" qui essaie de comprendre comment vivait sa fille et pourquoi elle est partie, la jeune femme elle-même, enfin, pour un éclairage final.
Film très bien fait (en particulier pour la "femme" - et sa réaction, lorsqu'elle se rend compte de ce que fait son mari), où l'on retrouve BrittanyMurphy (SinCity !), dans le rôle de la (future) morte.
Violence faite aux femmes, mais également qu'elles se font à elles-mêmes, le propos est plutôt sain, certains critiques ont parlé de "discours féministe assez grossier", personnellement, je ne l'ai pas du tout ressenti...


THERE WILL BE BLOOD

De Paul Thomas Anderson.
Pas très motivée par le pitch, j'ai vraiment hésité à aller le voir. mais bon, vu les films de cette semaine...
Eh bien, c'est effectivement très bien.
Y compris pour la musique, très présente, qui fait partie intégrante du film... (et créée par J. Greenwood, de Radiohead !)
Les acteurs sont excellents dans leur rôle, tant Daniel Day-Lewis que Paul Dano (le fils Sunday, sorte de prédicateur à la mode USA pris entre son église et l'appât du gain - que j'avais déjà adoré dans le rôle du grand frère dans Little Miss Sunshine).
On voit DayLewis de ses débuts (cherchant les gisements de ses propres mains) à son "apogée" - sauf que l'on se demande où elle est, cette apogée, dans cette vie qui se délite...
Dure réalité des forages, mais aussi des relations humaines - en fait, avec son ambition et son égoïsme, le personnage joué par Day-Lewis est plutôt attachant, beaucoup plus en tout cas que le jeune prédicateur.
Pas de mélo, ici, même en ce qui concerne les relations avec son fils adoptif, bien au contraire : tout reste dur, tranchant, dur comme le roc.
Un grand film.