ECRITURES

ANALYSE

Avantages de la poésie : la question jusque dans les mots
Imprécisions ouvertes
Infini des sens
Sens proches des non-sens

Ne jamais fixer un mot.

ECRITURE

La première phrase ?
Je l’ai tuée
Avec deux coutelas bien affûtés
J’ai fait un noeud avec la seconde
Histoire qu’elle me réponde
C’était la fin de l’extase
Cette troisième phrase
Elle se mordait la queue
L’humeur bleue
Alors sans hésiter
J’ai tout déchiré.

LE POETE

Le poète est comme l’enfant
Il montre ses textes comme l’autre tend ses trésors
Pour mieux mesurer, à l’aune des autres
La valeur de ce qui lui appartient

A LYBRA

Petits vers bien pesés, enroulés dans la glaise
Appâter le chaland qui dérive galant
Sur ma toile (Léthé Garance vire au carmin)
Ennuyée - Oiseau bleu des contes à rebours
Planant au-dessus des sites - cimes abîmées
Livres délités des matinées engraissées
Expressément pour les douze pieds d’Alexandre
Carré blanc des cachets qui pétillent perplexes
Pour faire passer l’ennui - nuits de non-couleur
Qui restent au fond des gorges sèches d’avoir trop
Aspiré espéré respiré transpiré
Dimanche débris des rêves sans lendemain
Et des verres envolés lieu-délire à vous…

LOGOMACHIE

Vice vissé
La plume ment à nouveau
Constante ambiguïté du verbe
Quant la page blanchit à mesure que l’antre se referme
Les mots aiment cette perte d’équilibre
Qui me hante et que je refoule désormais
Au moins à demi
Lorsque tout ne va pas si mal
Et que je me prends à somnoler
Sur cette feuille qui veut pourtant ma peau
Cette peau qui ne vaut que par elle
Alors que j’essaie encore
De vivre sans trop me laisser vivre
En bonne attardée romantique
Mais à quoi bon persister à poser des questions
Dans ce monde submergé de fausses réponses
Etirer à l’infini sa pauvre carcasse
Comme si les étoiles existaient encore
Tout le monde sait qu’elles sont déjà mortes
Que d'autres dieux les remplacent
Ne souhaitant éveiller d’autre aspiration
Qu’à un statu quo fait de non douleur et de bien-être ouaté...
Comment prétendre encore se dresser pour une cause
Sans retombées matérielles
Bouffe fric air pur beau temps
Tout dans le même sac
C’est ainsi que les étoiles meurent
On ne voit plus que notre bonne vieille terre
Que l’on continue à foutre en l’air
Nageant dans nos propres excréments
Au bord de l’asphyxie
Indigestion chronique
Or ma pauvre feuille, toujours plus blanche
Comme un négatif de ce qui l’entoure
Puisant sa clarté dans la grisaille purulente du faux-jour
Combien de temps résistera-t-elle encore
A l’hostile logomachie du monde ?

REMISE AU TRAVAIL

Les vers grouillent sous ma plume, elle les contemple
Réticente
L’instant est crucial les mots s’alignent un à un
Avatars improbables de sens moribonds
En quête de fulgurations protéiformes
Censées résoudre l’incomplétude du monde

Impraticabilité d’une poésie
Rigoureuse
Le poète n’est qu’un Derviche qui s’ignore :
Il tourne et danse invoquant des mondes perdus
Des beautés hiératiques des amours chantantes
Des mondes évanescents des passions passées
Des paysages des visages et parfois même
Une flamme

Hélas
Il est des domaines où les mots du poète
N’invitent plus au voyage, formules ternies
Nourrissant de petites choses sans saveur
L’angoisse tousse à l’orée des sens inutiles
Saranbandes inquiétantes du quotidien
Où l’infinie hébétude s’avance, masquée

Alors
Aller chercher les acceptions improbables
Travailler l’alchimie des écritures reines
Faire du nouveau avec des obsessions
Anciennes :
La réanimation du sens est essentielle.

(Alors que le temps s’effondre et se perd
L’aptitude protractile de mes manques d’inspiration m’effraie)

BAT

Ô mon dieu, que ça me gonfle,
Ces phrases qui enflent et qui ronflent !
Mais oui, oubliées les rimes
Je relis et je rumine
Plongée dans l'antiquité
De textes mal goupillés
Moi j'ai envie de verdure
Pas d'énièmes relectures
Ou, à mon humble niveau
Créer enfin à nouveau
Quelque chose quelque ligne !
A bas ces pages malignes
Qui me happent et me dévorent,
Implacables fumivores !
(Car je ne suis que fumée
Mes mots à peine humés
Leur sens s'envole et se fond
Aux fissures du plafond)
A bas, ces tristes vampires
Qui me prennent tout mon temps
Je ne peux même plus vous lire
C'est vous dire, tout mon content
Ah oui, que cela finisse,
Que s'achève mon supplice,
Et vite, car j'en ai assez
Vraiment, de vivre au passé !!!

COURTS

ANATHEME

Meurs vieux vers d’Egypte
A trop rimer tu t’empoussières et agaces
Va jouer dans tes tombes hugoliennes chéries
Et laisse les vivants boiter à leur guise

AN NOUVEAU

An nouveau regrets anciens
Lorsque la fulgurance transmuée
Déteint

ARTHUR

Fragrance joyau épure
Le souffle des cimes attire
Héros lointain Arthur
Ton épée en ligne de mire

BITUME

Bitume : révolte - essence
Solitude arborescente
Murs d’un monde
Qui se cherche

CONJUGAISON

Aime aimais aimerai
Lancinante litanie
Sujet et objet s’observent
Tressant leurs malentendus
Brisant l’évidence

CRISE ELUARDIENNE

Les éclairs dans tes yeux, verts
Moi qui hurle à la lune – blanche
La petite, rouge
Crise bleue -
Orange…

DECOUVERTE

Je fuis une découverte
Etrange
Déconcertante
Une bien vieille connaissance…
Le sens…
Est mort.

HIATUS BERBERE

Mélancolie douce-amère comme les oranges
L’hiver pique-assiette s’attarde derrière les vitres grises
Hiatus berbère

KIR ROYAL

Kir en thème royal désir des chaises oblongues
Lorsque la voie trouble des anges champenois
Invite au clair de Terre mes langueurs hiémales
Je bois au miroir bleu des vieillesses naissantes !

LA ROSE

J’aime et puis je ris
Une rose, tu me dis
J’aime et puis je meurs
Docile, à mon heure

L'HEURE TOURNE

L'heure tourne
Je t’attendais
Depuis si longtemps
Trop longtemps pour une souris
Trop de temps depuis midi...

HUNE

Hune
Rien
Au-delà
Sans faim
Non rien
En vue
De trépas
Sonnant

PARFOIS

Quand la passion est en vacances
Et l’avenir en prison
Parfois
Il suffirait de laisser respirer laisser reposer
Comme une pâte délicate
Ces jours noirs de grisaille
Pour les voir se transmuer
Petit à petit
En excitation sereine
Où la chance reprendrait ses droits

POUR MIEUX BUTER LA FLEUR

Le noir m’inspire
Les belles
Pensées
Malheur
Oser en rire
Pour mieux
Buter
La fleur

RENAISSANCE

Renaître au loin
Comme si le vide
Enfin
Reprenait sens

SAUMON

Migration consciente
Quand l’annihilation menace
Imiter le saumon

POEMES HIRONDELLES

COURTE PROMENADE

Je marche
Un lac bleu pâle
Me surplombe
Deux hirondelles
Y fixent un songe

L'HIRONDELLE

Vole au vent l’hirondelle
Eternelle impatiente
Fuyante caravelle
Sournoise impénitente
J’ai l’amour de la menthe
Et le dur de la conque
Je vais et je me vente
Sur l’Océan d’Oronque
L’amour est mirabelle
Maladie de bacchante
Confession de mortelle
Aux ombrelles bruissantes

LA SOURCE

La source est ubiquiste
Deux gouttes perlent
Croissant de lune - inquiet

Tout penche
Les antennes braquent les hirondelles
Clameur

Une traînée rose monte de l’infini

Nostalgie d’un boeing
Ronflement lourd
Las mon coeur - vent du sud

Elle s’arrondit l’aéroport c’est à gauche

Bizarre
Comme les hirondelles aiment le vide
Et vivent

Ivres de l’invisible
Bolides errants
Sereines - furieusement

POEMES LUNAIRES

NUIT SANS LUNE

Nuit sans lune
Touchers
Orbite sans nom
Solitude

PLEINE LUNE

Lune
Triste chimère blanche
Errant découpée dans la brume
Cyclope glissant le long de la nuit
Clignant vaguement d'un nuage
Avant de s'évanouir à
L'aube

PSYCHOLOGIE LUNAIRE

La lune snobe la Dame
Dédaignant la ville enguirlandée
Elle n'ira pas ce soir s'accrocher à la vieille
La lune n'a pas besoin des deniers publics pour briller
Comme Ophélie, elle a le regard tourné ailleurs
Son œil ne quitte jamais le Soleil
On croit qu'elle nous nargue
Elle fait que nous ignorer
La lune vogue
Inébranlable
Passionnée

SAISONS LUNAIRES

Lune, hiver te regarde !
La lune s'en fout, elle bombe son œil
Et met les voiles :
Derrière l'horizon, Léthé attend

VERSIONS LUNAIRES

Théâtral :

La lune est un œil vide qui se promène
Sur la face grise de la nuit
Sans cligner jamais

Exotique :

L’œil s’est fait japonais
Fin comme une lame
Phosphène discret
Il glisse au-dessus des âmes

Mal inspiré :

La lune est crevée ce soir
On n’en voit plus que le bout de l’enveloppe
Elle s’est dégonflée l’interlope

DIVERS

AU SOLEIL

Globe luxueux
Monde en transit
Par ta couronne aveugle
Filtrent les jours
L’océan t’accompagne
D’acier lustré
Baignant de ses eaux vives
Tes blessures de vieillard
Les hautes herbes se jouent de toi
Comme les cerfs qui volent
Et les enfants qui braillent
Tartines de crème
A bronzer
Plus blanches que sable
Qui te reflètent
A défaut de réfléchir
Pendant que tu passes
Puis te lasses
Immortel éphémère
Rouge parmi les eaux
Monstre fatigué
Qui te noies chaque jour
Dans une nouvelle Terre d’eau

BESTIAIRE

Un papillon noir attiré par mon reflet
Est venu taquin se poser sur le miroir
Dans une ride courant le long de mon front
Une fourmi subrepticement s’est lovée
Au coin de ma bouche une mouche s’est placée
Méprisant le repos vespéral des trois bêtes
Un moustique brusquement me pique la lèvre
Elle se gonfle comme une rose au matin
Qui tôt éclose se prépare au dernier soir
Un serpent par l'échymose alléché se love
Autour de mon cou - légèrement affamé
Il gobe la mouche – la fourmi effrayée
Déguerpit aussitôt, sans demander son reste
Le papillon s’envole, abandonnant la scène
Le monde tourne carmin lorsque le moustique
Attaque le serpent ; lentement étranglé
Mon reflet, bizarre, se constelle de noir
C'est ainsi : mieux vaut parfois éviter le soir...

LA PIE

Une pie sur un toit
Trois heures sans moi
Quand les feuilles peu à peu se répandent
Et balaient les derniers rayons d’un soleil
Indigent
Mélancolie des haies qui s’affinent
Peu à peu la bruine sur les tours embrumées
Et toujours ce silence
Dans mon coeur qui se fane
Bouquets s’épuisant dans l’indifférence de l’instant
Juste le temps
D’un dernier désir prisonnier des frimas qui éclatent
On panse la peur
Sous le charme du délitement du monde
Il n’y a plus de peur
Juste quelques froissements d’étoffe
Une écharpe qui se noue
On pourrait se prendre
Au jeu de l’air du temps
Cloisons feutrées résistant à l’appel de la solitude
Je sème
Des mots vidés de sens
Pour me pénétrer de ta joie
Plutôt mourir que de laisser partir à la dérive
Cette foi en quelque chose
Qui illumine et nourrit
Trois fois rien
Une page
Un sentiment de ne pas laisser passer
Quelque chose
Une atmosphère un instant
Un tournant
Dans la vie des choses
D’une pie
D’un toit
D’un moi

LE CHAT

Le chat
Evolue doucement balançant sa queue grise
De souris nenni
Pas de prise dans l’atmosphère humide
Qui se saoule de gris
Gris-pluie gris de rentrée gris des cris des écoliers qui courent
Dans le préau - Haute Prairie des âmes enfantines
Qui trottent et pleurent et rient dans le gris des bâtisses
Pause du chat arrêt toilette
C’est idiot gris sur gris ça ne se voit pas
Il serait blanc je ne dis pas mais gris comme ça est-ce raisonnable
Non mais la vie n’est pas raisonnable
Surtout quand il fait gris comme ça
Et les hirondelles sont déjà parties à tire-d’aile vers des cieux plus bleus
Là où les maisons sont blanches
Où la craie n’est pas faite pour rendre les tableaux gris sous le regard flou des élèves
Le chat rêve de pigeons blancs...

MATIN GRISAILLE

Matin grisaille
Le chant affairé des oiseaux
Difficile de sortir la nature de sa maussade grasse matinée
Tout semble avoir du mal à se lever aujourd’hui
Le voile est encore posé
Comme pour étouffer le moindre bruit
Mais les volatiles comme les humains ne l’entendent pas ainsi
Ils déchirent de mille activités la verdure somnolente
Les tuyaux d’arrosage à peine gonflés déversent déjà leurs eaux sur la terre sablonneuse
Comme pour prendre d’avance le soleil
Qui s’en contre-fiche
Et reste enroulé dans ses draps lourds
Peut-être tout-à-l’heure fera-t-il un effort :
Il ira pisser.

MÜNCHAUSEN

C’est quelque chose de nouveau
Comme une étrange ligne d’horizon
Venue recourber la mienne
C’est encore sans nom
Et pourtant quelle volonté déjà
Quel désir de lutte et de survivance
Qui aurait cru que je puisse l’héberger
Ce petit monstre de vie
Que ça puisse être compatible
Avec mon impuissance radicale
Mais c’était sans compter sur mon corps
Qui n’en manque pas une pour me forcer à survivre
Je suis menée désormais
Par le bout d’un cordon que je tisse moi-même
Münchausen
Qui aurait cru qu'un jour je suivrais ta voie

LITANIE D'ETE

Sur les flots impuissants des vagues
Le soleil se mirant sans trêve
Troque un rayon contre une rime
Sur le sable jaillit un vers
Phrase engloutie par une lame
Dentelle de rivage amer
Sur la rive surgit l’écume
Echo de colères lointaines
Requiem de tempêtes au large
Sur la page volée d’un livre
L’écriture adopte le rythme
D’étranges mousses assagies
Sur tes yeux de lune se tissent
D’improbables questionnements
Fruits d’insondables amertumes
Sur le ciel au bleu hypnotique
Passent de larges masses blanches
Eclatantes et impassibles
Sur l’horizon deux hirondelles
Stylets aux pointes acérées
Tracent de mystérieuses lignes
Sur les flots impuissants des vagues…

PARIS

IMPRESSION (1)

Ciel auroral
La Lune lutte encore avec le soleil
Pâle et défaite sous son masque de pierre
Hésitant à se coucher
Le ciel peigné de traînées indigo
S’est fardé de khôl et de poudre rose-orange
Je me penche dans l’air frais :
Un oiseau croit déjà au printemps

Travelling avant
Des mouettes s’ébattent autour d’une cheminée
On se croirait sur un navire après la pêche
Amusée, je leur envoie une de mes propres volutes
Elle s’envole puis se fond dans la ville

Travelling encore
Le sang coule vermillon épais
Londres grise, visages blêmes, accords Burtoniens
Débauche d’abattoir
Jouissance cinéphile

Comme pour mieux retrouver la clarté du jour

Puis
Promenade le long du canal
Les parents en goguette leurs enfants sur roues
Eclats - terrasse - soleil - plat du jour - Brouilly
L’eau brille en lames acérées
Temps douloureusement beau
Bavardages de filles
Mais lentement le soleil s’incline
Ce fainéant applique les horaires d’hiver
Alors, les pieds glacés, on cède

Travelling final
Un halo doré sublime Montparnasse
Avalant au passage quelques traînées roses
Je remonte, savourant l’instant
Au loin, l’Enfant trimballe un âne bleu
Un dernier rayon fuse sur la ville : il est grand temps
Trinité

IMPRESSION (2)

Volutes aux accents de girofle
La ville s'étale devant moi inspectée par le Phare - ici Paris
Un avion en partance cligne dans le ciel noir citron de la ville
Le soleil se reflète sur le croissant indigent d'une lune anorexique
Quelques étoiles pointent, perçant difficilement une voûte épaisse comme une burqa
L'atmosphère s'apaise peu à peu
Le bitume refroidi accueille quelque fêtard attardé
Alors que les cendres s'accumulent débordant mes phrases
Tristes phalènes sans sens qui virevoltaient tout à l'heure aux côtés des hirondelles
Et qui se retrouvent à présent collées contre le bitume
Cherchant en vain une page assez folle pour les accueillir

IMPRESSION (3)

Bientôt l'orage sera là
Je le sens s'approcher à la lourdeur de ces mots que je n'ai même plus la force de relever
Lorsqu'une fatigue trop intense me contraint à l'éveil
Et que je reste, les yeux grands ouverts, face à la ville qui se terre
Penchée du haut de ce balcon comme d'un navire voguant vers la tempête

Je guette l'orage qui se rapproche, déployant au-dessus de ma tête de hautes tours de nuages
Dont la blancheur éclatante trahit la puissance
Au loin un rideau de pluie progresse - on l'entend crisser sur les toits, de plus en plus proche
Quelques hirondelles attardées se hâtent de trouver refuge, le ventre alourdi de moucherons

Bientôt la grande tour n'est plus, même le phare s'évanouit dans la brume grise
des cris fusent
Un océan s'abat
Je recule, refermant les vitres, luttant contre le vent
M'enfermant dans ma cabine - au sein de la tempête

Soudain une corne résonne derrière moi
Est-ce un navire en perdition, un dernier écho en provenance du port ?
Las non - juste un petit ange, qui se demande, un sifflet à la bouche, ce que fait sa mère, le nez collé contre la porte-fenêtre...

LA DAME GRISE

La dame grise joue au phare
Elle s’est habillée de lumière
Comme chaque soir
Elle finira toute scintillante
La drag queen du Champ de Mars
Elle nous fait de l’oeil
Avec sa petite roue des Tuileries en paravent
Partout autour, Paris clignote de désir
Pour sa belle dame enfin excitée
Soulagée de son long supplice diurne
Délivrée de ses touristes
Ces rustres
Qui la violent chaque jour, indifférents
A sa petite centaine d’années sémillante
Ces malpolis souillent ses entrailles de mégots mal éteints

Là... Elle vibre de lumière
Notre belle martyre
Elle a déjà tout oublié
Canettes kleenex crottes de Caniches déjections de Chihuahuas
Et elle rêve
A la nuit, à la fête
A sa jeunesse dorée...

Chut : Voici la lune qui apparaît
Toute vaporeuse des voiles de notre transpiration grise
Qu’elle happe : mille volutes de noirs pots
Qu'elle transforme en soies toujours plus légères
Avant de se dénuder tout à fait
La coquine...
Le phallus parisien brille de mille feux
Hermaphrodite, va !
Travesti !
Le voilà qui boude et promène dédaigneusement son œil
Comme s’il gardait encore quelque chose
Mais ses brebis égarées dans la Babel parisienne
Se contrefoutent du phare et attendent la prochaine heure
En buvant quelques cocktails...
Quelques clopes et beaucoup d'autres choses ont revoilé la lune,
C'est fini...
Les deux compères ont rangé leurs attributs
Leur danse nuptiale est un numéro à heures fixes
Il ne faut pas gaspiller le désir
Ni l’argent des contribuables...
Tout désir se paie
C’est surtout ça, Paris.

LA NUIT EST TOMBEE

La nuit est tombée
Comme chaque jour
Un peu plus loin derrière les câbles
Les tours de télé les abat-jours.
Je voulais lui faire un croche-pied
L’aider dans sa chute
Lui faire un enfant
Hurler avec elle à la face de ce monde
De cinglés qui courent
Tête basse et queue haute
Chiens de basse-cour
Mâtins redondants
Gâchant la nuit commençante et grise
- Trop de lueurs
Trop de labeur d’activités
De journaux TV
Négligeant le léger voile
D’or
Etendu loin
Vers la banlieue
Et ses cités loquaces
Au-delà des vers
Du côté de l’insondable.

LYRISME DU SOIR

L'Hirondelle fend l'espace, ascendance noire
Lame acérée fusant dans le ciel vespéral
Shuriken lancé par une main invisible
Ninja bleu perdu dans des pourpres assassines

La ville nimbée de nuances byzantines
S'étend, impudique, offerte comme une mer
Ses tours hermaphrodites dressées sur l'horizon
Forêt hétéroclite aux amers mal rasés

Deux mouettes au cri rauque s'égaillent, espiègles
Leur sillage chantant tranché par l'oiseau-serpe
Se dissipe mirage aux mille résonances
Vapeurs cyniques niant Icare affolé

La lune lente monte, au croissant effilé
Plaquée insolite sur un ciel sans étoile
Affrontant l'oiseau qui persiste solitaire :
L'avenir sera lyrique ou ne sera pas

RER

Le RER s’enfonce dans la bruine - amande
Douce-amère filant le long des matins calmes
Engourdie je rêve à la fin de ces nuits livres
Qui m’assomment vampires mâtinés de mots
Solitaire dans l’aube qui fuit aujourd’hui
L’avènement des cités dans l’horizon beur
Le train glisse transe des réveils ajournés
Je vogue – ennui - labeur censé me signifier
Sens surindiqué par d’absurdes voies ferrées
Mon sens sous la pluie : une station RER

REVOLTES, SISYPHE ET CIE

A SISYPHE

Chocs assourdis
Lassitude gluante
Fatigue trouble
En finir
Puis tout recommencer
C’est si long si difficile
De tout recommencer
Presqu’aussi difficile que d’en finir
De renoncer à l’après
Curiosité malsaine
Dissection
Quel nerf, quelle veine choisir à présent
Déchirure
Maladresse sadique
Masochisme stoïque
Culpabilité
Double sans faute
Chercher un appui
Même la douleur ferait l’affaire
Surtout la douleur
Illusion de grandeur
Celui qui souffre peut-il être mauvais
Celui qui souffre sait
L’univers ne peut que se taire
Cloîtré dans son sourire sinistre - soupçonne-t-il qu’il sourit
Je souffre donc je suis et j’oublie
Que cette douleur n'est qu'une douleur gratuite
Aussi désespérée que le reste
Aussi vaine aussi petite que le bonheur
Sisyphe : un bel hypocrite qui bouge
Noyant sa solitude dans la sueur
Que ferait-il si le rocher ne redescendait plus
Sisyphes libérés
Que ferions nous de notre liberté sans trêve
Si nous n'avions sans cesse à rechercher de nouveaux rochers...

COUPERET

Eh bien c’est fait c’est tranché
Une fois de plus
Tu m’as dit non je n’en attendais pas plus
C’est un mot trop difficile à prononcer pour moi
Je tergiverse toujours
Il faut me pousser à bout pour que j’accepte d’articuler ce mot laid
Alors que pour toi
Les choses ne sont ni belles ni fades
Juste utiles ou inutiles
Inoffensives ou dangereuses
Seule compte ta tranquillité d’esprit
J’en ai connu combien des comme toi
Face auxquels je me sens intruse peste latente
Termite de bonheurs trop proprets
Tout ça parce qu’on ne m’aime pas
Tels la mauvaise herbe
L’homme du souterrain
Les parias de tous bords
S’il y a un mot qui me va comme un gant
C’est anglais mais je ne trouve pas mieux
Pour exprimer le désarroi la désolation la solitude qui m’envahissent
Freak
Lorsque je pense à tous ces nons qu’il m’a fallu gober
Comme autant de pensums amers
Autant de rappels ironiques de ma différence
Autrefois tant clamée et proclamée
Non je ne recherchais pas le bonheur
Portée par la curiosité seule
Refusant le bonheur fade
Seule l’ivresse l’altitude le dépassement des limites m’intéressaient
Mais comment fait-on dans les nuages pour retrouver l’épaule amie
Comment apaiser ne serait-ce qu’un instant cette fatigue d’insomniaque
Sans se tromper soi-même et mentir aux autres
Je sais bien que je n’y arriverai pas
A rester au creux de ces bras au fond de la vallée où plus rien ne bouge
Même avec toi
Ton refus était ton unique chance
Je trouverai toujours un appui de fortune
Dans ces moments où plus rien ne va
Où je voudrais me terrer l’angoisse au ventre au fin fond d’un cottage
Avec mômes et mari
Ou l’inverse
Où je pense aux années écoulées toujours plus nombreuses
Toujours aussi impuissantes et si peu fertiles
De toute façon je ne sais pas dire non
J’attendrai toujours que l’on vienne me faucher
Moisson ou désherbage cela importe-t-il vraiment
Lorsque s’abat la faux
Avec un peu de chance ce jour-là si j’en ai le temps
J’éprouverai du soulagement
Pour moi et pour les autres
Mais surtout pour moi
Les autres sont un confort qui m’a toujours été refusé
Par négligence de ma part
La négligence c’est ma façon à moi de refuser
La négligence et l’oubli progressif
La fatigue du moindre effort
Et le silence borné

HERACLITE

Pauvre Héraclite
Ton fleuve immuable
Comme une tasse
(On ne voit qu’elle, elle
Et son effroyable persistance)
Que l’on tourne et retourne
Sans rien voir de plus
Ses eaux s’écoulent
Vers l’égout de la vie
Il reste, lumineux et tranquille
Comme au premier jour
Comme au dernier
Formidable d’ignorance

KOURAGE

Kourage
Nouveau millénaire nouveau-né qui ne sais pas encore
Ce qui te guette derrière nos rideaux lourds de guirlandes
Derrière
Les sapins crèvent les foies rancissent
Les rancoeurs persistent
Kourage
Tu n’en as peut-être pas pour longtemps siècle
Plus mort que né sous les feux de la fête
Echos d’autres feux
Qui dévorent les quatre coins du monde
La vieille tour se met en bleu
Allez savoir pourquoi
Bleu-déluge
Bleu-approche finale d’astres
Bleu terrible des âmes seules
Qui contemplent le désastre
Rivées devant leur écran qui n’est même plus petit
Gouffre gourmand qui prend peu à peu la vie des villes
Les campagnes, elles se sont déjà rendues
Assaut silencieux irrésistible des écrans d’argent
Enfants en première ligne
Play-station oblige la violence s’est déplacée dans les têtes
Et reste coincée à l’extrême limite
Là où le regard devient fou
Et la politique floue
Optique à multiples foyers
A quand le grand incendie
Neurones-paille
Petit bois des sociétés d’aujourd’hui
Kourage
Millénaire les allumettes n’attendent que toi
Et ta robe pâle
Brillante encore des strass de la nuit
La dernière avant toi et tu souris de glace
Comme si tu avais déjà compris
Ce qui t’attend derrière nos vitrines trop riches
Luxuriantes à exploser
Qui vomissent jusque sur les trottoirs leur dégoût
Du simple et du vivant
De l’enfant
Gueules grasses submergées
N’est-ce pas l’évolution logique après tout
Millénaire de notre décadence
Qui commences comme d’autres finissent
Par le feu les cris les bris de glace
Ceux des coupes et ceux des pare-brises
Certains mourront à ta naissance
De faim de froid
D’alcool de guerre
De malchance
La mort sera toujours absurde
Mais quoi de plus insensé que de mourir en liesse
Quoi de plus stupide
De plus malheureux
Que de crever un jour de fête
Comme un ballon sous un talon maladroit
Trahi par les cotillons

MAUSSADE HUMEUR

Vers acérés sur campagne molle
Les piques trouent la glaise des chemins de campagne
Englués sous un soleil qui perce enfin légèrement la brume
Faufilant un rayon aussi mou que le reste
Je marche et peste
Contre le virtuel le sensible l'irréel le trop réel - quotidiens de l'esprit
Où donc l'essentiel se terre-t-il
Dans cette terre, justement, ou dans ces cieux d'un bleu gris indécis qui me surplombent
Dans ce petit écran, peut-être, qui parfois refuse de me répondre, mais souvent parvient à me relier - ailleurs
Ou sur le visage de mon ange, qui me ressemble déjà tellement, et me contemple en bâillant
Là où je ne suis plus, probablement, ou là où je ne suis pas encore
Mais jamais, exactement - là.

Moi
Je suis sur la feuille vierge qui me nargue
Sur l'écran bavard de l'insouciance forcée
Sur la Toile qui me porte et m'enferme
Sur cette mouche virtuellement engluée qui s'agite piteusement devant moi
Sur le regard de ma fille qui elle aussi veut jouer avec le chat
Sur des histoires qui n'intéressent que moi et des poésies qui m'ennuient...

Et ainsi s'envolent les ors :
Lorsque l'humeur maussade vient
Ecrasant tout de sa grisaille humide
Si lourde de lassitude épuisée
Me plaquant contre terre
Nez contre poussière, pour mieux respirer

Puis l'humeur maussade part
Un peu comme elle est venue, sans raison et sans sens
Et je me relève lentement
Atlas à rebours reprenant son envol,
Atlas nourri à la sève des cieux
Vouant son art à la blancheur majestueuse des nuages

OPHELIE

Oeillères du factice et du profond
De l’éternel et du surfacique
Vivre : survivre sans s’en rendre compte
Je survivrais si j’en avais le courage

Désespoir
Des espoirs
Paix noire

Je suis née
Un jour
De pleine Lune
Eclipsée

Quand l’océan berce les dunes
Des plages occidentales
Je bois au vent lunaire
Aux nuages et au sable

Brûlez mes gestes
Bûcher indigeste
Laissez-moi oublier
Que j’ai survécu

Aux nuages

Aux révoltes
Aux passions
A la perte de sens
Aux œillères des faux-sens
Et des bonnes raisons

Sisyphe blasé
J’ai bu l’eau de la Lune
Elle apaisait la brûlure de mes reins
Et j’ai survécu
A la découverte de la pesanteur

A présent je pars
Reconnaître la douleur
Donnez-moi des ailes
Je hais cette douceur

Lune
Astre mélancolique
De nuages imbibé

Je pars
Percer la voûte du monde

REVEIL

Je suis l’éveilleur moderne le sonneur de l’hiver
Par les villes étincelantes l’ultime héraut
Je chante le métal tremblant les sanglants berceaux

Dormeur, médite, tu ne vivras plus longtemps sur Terre

Le monstre d’acier geint on lui peint sur le ventre
Des slogans d’Apocalypse et ils te font peur
Des croix se dressent à ta porte un Christ en leur centre

Ô enfant à l’insondable torpeur

On construit pour toi une bâtisse agréable
On te dit : Aie la foi Aime tu n’es plus seul
On se sacrifie pour toi, pour ta vie coupable

Pour que mouton du troupeau tu te sentes un peu moins veul

Alors tu es heureux tu sers tu pries
Tu te fonds dans l’indiscible
Abreuvé assouvi assagi assoupi
Tu oublies l’angoisse terrible

Tu ne te poses plus de question
Ah qu’il n’y ait plus jamais de question

Dormeur prends garde à l’innommable prends garde à toi
Par les villes ruisselantes de son pas pressant
Il flaire nos fragiles berceaux se pourléchant
ô enfant à l’insondable torpeur prends garde à toi

Le tigre trotte dans la ville et il a faim.

SIBYLLE

Se recueillir
Ne jamais vieillir
Bien sûr
Mais finir empaillée dans un beau système à schèmes
Ne plus pouvoir écrire
Ressasser toujours les mêmes vieux thèmes
A soi aux autres
Qui est soi qui est l’autre
Je ne sais plus - ai-je vraiment voulu savoir
Embaumée de connaissances inutiles
Je vis dans un petit boudoir
Sympathique - si synthétique
Qui veut de moi
J’en ai des tonnes
A ne plus savoir qu’en faire
Qui voudrait de ça
De cette petite vie homogène
Sans parti pris
Vie de doutes assumés
Digérés dégorgés
Sans trop de risques
Un peu toutefois
Juste pour le fun
Il faut se sentir vivre
Pas si facile
Pimenter un peu
S’exciter un peu
Trouver du nouveau
Ou se persuader que c’en est
Car à quoi bon mourir
C’est périmé, désuet
Et surtout trop facile
Définitivement trop facile
Ou serait-ce trop difficile
Je ne souhaite plus savoir
A quoi bon se torturer
Pour de toute manière se laisser vivre
Ca ne rapportera pas de bon point là-haut
Là-bas ou nulle part
Ces interrogations gratuites
Innocentes d’actes
Trop innocentes pour être honnêtes
Alors
Préservons notre bile
Digérons ce monde empesté de bons sentiments
Tuons quelques prochains
Pour sauver le reste des lointains
Et surtout
Surveillons Sibylle

JAPON

UN SOIR A TÔKYÔ

La baie s’ouvre accueillant les lumières de la ville
Assise je contemple le vent qui s’engouffre
Il a oublié en route les rumeurs du jour
Et me rappelle
Ces nuits passées à veiller sur les navires
Un vent chaud caressant ma peau
Lorsque je faisais le tour des sentinelles
Ombres noires se détachant sur les étoiles
Chantant pour se maintenir en éveil

Le vent s’engouffre susurrant des catastrophes prochaines
Il me parle tsunami, typhons, secousses, géhenne
Je l’écoute l’esprit ailleurs
Voguant au-dessus de la ville
Comme si la cité déjà sombrait engloutie
Et je me souviens
Des navires en partance
Des odeurs
Des bonheurs trop vite enfouis

Ports désertés par les rats
Le tsunami guette - rancœur rance
Du haut de ma haute tour j’attends
Tôkyô - nouvelle babylone
Que tu te dresses
Jetant tes bras vers le ciel
Pour en embrasser les étoiles
- Lors j’oublie tes bases qui s’effritent
Et tes gouffres innommables

La baie s’ouvre mon cœur se referme
Un nuage est passé recouvrant la lune
Le vent se fait plus fort
Bientôt, me dit-il, bientôt
Tu éprouveras la puissance de mes frères
Je l’écoute encore lorsque la fenêtre claque
Pauvre Cassandre se retrouve dehors
A heurter les vitres et frapper les toits
Mais qu’importe la faux – subrepticement - je m’endors...

PAVILLON

Pavillon, tes ors discrets me narguent rieurs
Fatuité : pourquoi devrais-je te combattre
Seuls les jeunes fous se jettent pareils défis
Les autres s’endorment, si tôt, dans l’indifférence
Prêtant aux imbéciles leurs phrases bavardes
Afin qu’ils puissent briller en ville : invités
Assortis aux sets de table : plats, vains, et huilés…
Pavillon, si j’allais te brûler à mon tour ?
Ce serait, à coup sûr, pour mieux te reconstruire
Plus insolent encore, toujours plus implacable
Pour que tu viennes m’aiguillonner à nouveau
De toutes tes jeunesses reconstituées
Et renvoies aux bas-fonds ces aigreurs émétiques
Ces cris impuissants, ces éruptions lâches
Pavillon : indifférence de l’absolu
Mépris des choses vaines perfection crue
Certitude errant sous nos paupières folles
Sérénité esthétique, temple hiératique
Qui dévoile, flamboyant, la nudité des rois,
Dénonçant la vanité de leurs ambitions
Par sa seule présence, « éternelle et muette »…

PASSIONNEMENT

AIGUILLON

Te remercier
Du creux que tu as fixé dans mon cœur
De l’insatisfaction permanente que tu as gravée en moi
De l’idéal qui remplaça ainsi, au pied levé, mes plus hautes ambitions
A présent, je sais ce qu’est l’aiguillon suprême
Loin des chemins calmes où s’endorment les cigales
Je marcherai sur tes voies cimes extrêmes
Quêtes acérées en frissons éperdus
Mémoire renouvelée
Léthé miroir
Par-delà les réveils hébétés
Au-delà des matins sages

ARMISTICE

Tu es venu tu me voulais
Souris tu m’as obtenue
Cent fois je me suis souvenue
Du temps où je combattais

L’armure est tachée de rouille
Irrésistible ridicule
Rougeâtre coque-dépouille
D’un passé aux cent crépuscules

Libérée désormais sereine
Je la jette au vent
L’enveloppe de l’ancien temps
Je la balance sans peine

Cette distance à la vie
Cette méfiance résistance
Cette conscience au goût rance
Cette attitude ennemie

C’est à un tout autre combat
Que j’aspire désormais
Contre les ennuyeux débats
Contre le désespoir laid

Contre ces sourdes angoisses
Chausse-trappes de l’infini
Qui agrippent écorchent froissent
Contre l’habitude honnie

Tout contre toi...

CHALEUR

Chaleur suffocante
Ne plus jamais sortir
Rester bien au frais
Loin des rames bondées des corps suintants
Des tentations rutilantes
Sexe orage
Luxe luxure
T’attendre...
Comme si tu allais venir

CHROMATIQUE

La passion m’habite aujourd’hui
Comme la foudre
Nue
Caresse le roseau
Passion rare vide et fortuite
Chute blanche d’une princesse saltimbanque

Mon regard las court les cimes rondes
En quête d’abîme acéré
J’aurais voulu affirmer des nuits plus profondes

Vivre de noir et de blanc, insolente et fière
Sans hésitations irisées
La liberté au fond du pouls
Hélas -
La vie a des couleurs

COMPRENDS

Comprends
Toi qui ignores
La source ne se tarira pas
Je poursuivrai
Aussi longtemps que Je signifiera quelque chose
Ma quête
Vers toi ton corps ton âme ton tout
Je te hanterai
Toi
Mon sens
Mon épopée
Comprends
Tu es ce pourquoi je ne meurs pas

COROLLAIRE

Tu souriais
J’ai aimé ta singularité
Je t’ai suivi ivresse naissante
Nous sommes restés si calmes
Presque trop sages dans notre certitude
Mais pourquoi brusquer l’inévitable
Nous nous reverrons
Après la neige des adieux de l’ancien an
Lorsque je pourrai quitter mon asile de soleil et d’exotisme
Lorsque l’éloignement aura joué son rôle salvateur
Face aux affres du passage forcé à travers l’hiver
Conventions pétrifiantes
Vide expurgé
Nouvelle année
Puisses-tu digne disciple de ton agréable aînée
Me prodiguer affectueusement tes imprévus vivificateurs
Uniques vecteurs éprouvés d’éternité
La seule qui m’importe
Celle de l’instant scellé et de son corollaire
Le choix partagé

EPICENTRE

Là où s’ouvre la faiblesse
Lors se consent l’incertain
Aux contretemps de la résistance
A l’aube du désir
Arabesques de tes mains...

ETERNITE

Fureur d’été
Attente
Bruissement d'ailes
Rire fraternel
Intensité
Cirrus blanc
Eternité

LE DEPART

Tu es là
Et ce bonheur est si fragile
On marche comme sur du cristal
Toi seul sais fondre
Mon coeur cette roche
Pâle exsangue fripée déjà
Vieillard au berceau
C’est à peine si j’ose respirer
Tu vas réfléchir - j’attendrai
Pour l’instant je savoure
Cet instant précieux où tu me berces
Je suis folle
Sans doute
Mais cette folie est si douce
Elle me rattache à la vie
Cette foi irrationnelle
Aussi absurde que le monde qui m’entoure
Aussi belle aussi riche
On la croirait presque inépuisable
Pourtant je pars
Te laissant réfléchir puisque toi tu le peux
Je m’en vais dans ces contrées où blanc et noir ne sont plus si distincts
A défaut de réfléchir on peut toujours méditer
Planter quelques cierges comme des flammes
Marquer son passage
Transformer l’inconnu en déjà parcouru
Du no man’s land au home sweet home c’est une affaire d’étiquettes
D’état d’esprit
D’envie de fuite
Finalement je pars
Puisque je ne sais pas rester...

POURQUOI

Je t’aime aussi longtemps que dure le soir
Le lendemain déjà l’heure tourne
Avec en tête ce désir effréné de partir
Pourquoi donc faut-il que le jour existe

PRESENCE

Alors te revoilà
Avec tes questions tes angoisses tes interrogations incessantes
Tu viens me torturer de nouveau
Avec tes doutes ton sens précis des choses
Ta petite conscience droite et idéale insatisfaite et exigeante
Tu me gagnes ta voix me trouble
Plus rien n’a d’importance il faut que je t’attende
Ton regard brûle
Les autres ne comprennent rien
Je ne t’ai jamais rien demandé
Je ne peux rien attendre de toi
Mais tu es le seulqui s'impose
Auprès de moi
A chaque instant

QUOI

Quoi
Toi
Sera-ce toujours toi
Emoi
Moi
Qui ne sais pas
Qui ne m’en vais pas
Moi
Ivre de toi

SENSUALITE

Ambiguïté
Trouble - mains qui cherchent
Langueur raffinée
Frôlant au rythme d’une langue
Ma peau énervée
S’arrêtant vicieuses sur le point fatidique
Sens bouleversés seins affolés corps tout entier
S’offrant
Soumis
Abandonné
Mains qui trouvent et achèvent
Simplicité

SI...

Si je pouvais m’arracher à moi-même quelle partie conserverais-je
L’estomac et sa placidité rassurante
Le sexe et ses désirs lunatiques
Jouant avec le soleil
Les seins pour qu’on me les caresse
La bouche pour mordre les ongles
Ou lacérer les corps trop timides
La tête
Pour pouvoir me la prendre
Seule
Et rêver à l’absurdité du monde
Les yeux
Ouverts à faire mal
Pour les fixer sur toi
Multiple et singulier que je cherche
Et ne parviens à trouver que par bribes
Toi autre moi trop moi
Qui m’entoures et me berces
Calme lucide et désespéré
Miroir de mes angoisses
Echo de questions sans réponse
Toi que je cherche
Et ne trouve pas

STUBBORN

Fab- drogue dure
Néons trop blancs
Folie bienheureuse et mortelle
Inhumaine trop humaine
Fab sur mon corps défendant
Qui t’acharnes
Taverne psychotique
Fureur de la ville
Angoisse et solitude
Rêve éveillé désir matérialisé
Immature et borné
Dur comme le sel
Stubborn

TU M'ES VENU

Bientôt la fin
De l’année du siècle de rien
Le renouveau chante un de ses airs
Incompréhensibles
Tu m’es venu
Comme le printemps au milieu de l’hiver
Comme un feu que j’attisais
Entre mes doigts fiévreux
Depuis si longtemps
Tu m’es venu tel un rêve
Dont la course folle se serait incurvée
Pour me bercer dans sa boucle

L’univers s’est modelé suivant mon regard
Te sortant des limbes de mon désir
Te matérialisant
Comme jamais mes voeux n’eussent osé le formuler
Comme si ces voeux non exprimés
S’étaient directement imprimés dans le monde
Le marquant de leur volonté irréductible
Infaillible comme seule la réalité l’est

Tu m’es venu
Et je ne sais plus qui remercier
Je n’ai jamais su prier
Alors je vis
Consciente de ma chance folle
Et peu importe qu’elle ne puisse durer

CHUTES

CHUTE LIBRE

Je sortirai
Lorsqu’il fera bon dehors
Seule et vibrante
Alors je connaîtrai ma liberté

Concentration
J’aime ces frêles oiseaux
Aux larges ailes
J’irai plus droit qu’eux dans ma chute blanche

Au coin d’un jour
Je savourerai l’ampleur
Du temps vivant
Je suis maîtresse de mille questions

Je les tairai
Tant que la vie me liera
De ses méandres
Fleuve-passion Reflux intarissable

Mythe à rebours
Pégase démystifié
A corps béant
Insoutenable pesanteur de l’être

LE VIDE

Le vide m’aspire - vertige sous auréole
Est-ce le vide ou le trop-plein
Qui m’attire
J’aimerai prendre ma plume et qu’elle s’envole
Vers ces contrées où plus rien n’a de sens
Sauf ma source, et son guide
Chuter là où les autres caracolent
Et me dire : là est ton paysage
Sans fard et sans mascarade
Là est ton visage
Reprendre le large
Partir sans retenue
Là où les phrases s’envolent
Suivre la source
Jusqu’au grand large
Et me dire : là est ton domaine
Quitte ces eaux sans promesse
L’avenir est à toi
Pourquoi ralentir
L’océan est ton ancre
Bois donc la coupe
Des grandes eaux blanches
Ophélie s’y est bien jetée, autrefois,
Par sa passion trépassée
Ose donc la grande imposture :
Et rêve qu’un de ces jours fols
Au sein des larges flots
Le sens resurgira

SAUT

En cette plaine nébuleuse
Qui m’exalte en silence
Je fixerai ma chute
Fugitive extase

VIRAGES

Premier virage

La corbeille est à l’ouest
Pourvu que rien ne casse
Virer bientôt
Nacelle délicate
Et jeter les ancres

Second virage

Précédée du lest pourri
L’ancre dévorée de rouille
S’éparpille
Garder son sérieux
Et surtout
Que rien n’entrave l’obsession écarlate

TOURBILLON

Tourbillon des crêtes
Cimes ruisselantes
Soleil
Nez au ciel
Vertige oublié
Le vide comme s’il n’existait plus
Nuages - orgasmes
Le vide comme s’il n’existait plus

SUR LA TOILE

LA PETITE ARAIGNEE

La petite araignée
Est arrivée hier sur la grande toile
Tissant quelques liens
Pour y prendre
Quelques voyageurs imprudents
Elle eût sans doute préféré être caméléon
Non pour sa capacité à se fondre dans la masse
Ou à changer de couleur comme de principes
Mais uniquement pour sa langue
Son immense et gluante langue
Qui saisit de loin et ne laisse pas le choix
Hélas
La petite araignée ne peut qu'attendre...

ESSAI D'ASSEZ

Top top top
Les sites me pressent et m'étirent
Enlacée serrée mailles en transes
Le monde est top
Alors je m'enfonce, happée par les sables gluants de la Toile
Attirée phalène éprise
Pour que l'on m'aime
Top, top, top
Je suis là je tends mes bras ils se referment sur le vide les clics
Se perdent les liens se délient
Sens absents des adresses enfouies
Tout au fond - top 50 top 100 top... où suis-je
Je me perds
e-mails spams votre boîte de réception est pleine
Pleine de quoi confirmation validation votre site est accepté
Encore une fois pourquoi d'ailleurs ne le serait-il pas
Tout s'accepte, ici
Et surtout ce qui est léger
Les choses lourdes ennuient elles ne votent pas
Et puis qui les lit
Zap clic 1 vote
On passe au suivant 1000 visiteurs au compteur il faut que ça tourne
Pour rester au top, top, top
Top de quoi
De la forme des ventes des listes des parcourus des votés des validés
C'est pratique ça occupe ça conforte ça évite de...
Clic clic clic encore quelques minutes - quelques heures
A créer du vide par peur du plein
Du vrai, du bon gros plein, de celui qui ne vous lâche plus
Ses pattes sortent leurs griffes il s'apprête à vous saisir
Alors hop, top, top, on saute, on surfe, on se noie encore un peu
Tout sauf se laisser prendre
Par l'angoisse de la feuille - électronique, c'est pratique, et clic
On rebondit une dernière fois, promis, sur la Toile
Comment, si tard, déjà ?
Top, top et clic
Demain, peut-être...
Demain.

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Un de mes poèmes vous a particulièrement plu, ou vous avez envie de commenter ou critiquer tel autre... C'est ici :

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Tanies a écrit :
Alors, tu la trouves comment, mon idée ?

Tanie a écrit :
Hum, on verra bien... D'ici que quelqu'un se mouille pour faire un commentaire...

a écrit :