CHUTE LIBRE
Je sortirai
Lorsqu’il fera bon dehors
Seule et vibrante
Alors je connaîtrai ma liberté
Concentration
J’aime ces frêles oiseaux
Aux larges ailes
J’irai plus droit qu’eux dans ma chute blanche
Au coin d’un jour
Je savourerai l’ampleur
Du temps vivant
Je suis maîtresse de mille questions
Je les tairai
Tant que la vie me liera
De ses méandres
Fleuve-passion Reflux intarissable
Mythe à rebours
Pégase démystifié
A corps béant
Insoutenable pesanteur de l’être
LA PIE
Une pie sur un toit
Trois heures sans moi
Quand les feuilles peu à peu se répandent
Et balaient les derniers rayons d’un soleil
Indigent
Mélancolie des haies qui s’affinent
Peu à peu la bruine sur les tours embrumées
Et toujours ce silence
Dans mon coeur qui se fane
Bouquets s’épuisant dans l’indifférence de l’instant
Juste le temps
D’un dernier désir prisonnier des frimas qui éclatent
On panse la peur
Sous le charme du délitement du monde
Il n’y a plus de peur
Juste quelques froissements d’étoffe
Une écharpe qui se noue
On pourrait se prendre
Au jeu de l’air du temps
Cloisons feutrées résistant à l’appel de la solitude
Je sème
Des mots vidés de sens
Pour me pénétrer de ta joie
Plutôt mourir que de laisser partir à la dérive
Cette foi en quelque chose
Qui illumine et nourrit
Trois fois rien
Une page
Un sentiment de ne pas laisser passer
Quelque chose
Une atmosphère un instant
Un tournant
Dans la vie des choses
D’une pie
D’un toit
D’un moi
UN SOIR A TÔKYÔ
La baie s’ouvre accueillant les
lumières de la ville
Assise je contemple le vent qui s’engouffre
Il a oublié en route les rumeurs du jour
Et me rappelle
Ces nuits passées à veiller sur les navires
Un vent chaud caressant ma peau
Lorsque je faisais le tour des sentinelles
Ombres noires se détachant sur les étoiles
Chantant pour se maintenir en éveil
Le vent s’engouffre susurrant des catastrophes prochaines
Il me parle tsunami, typhons, secousses, géhenne
Je l’écoute l’esprit ailleurs
Voguant au-dessus de la ville
Comme si la cité déjà sombrait engloutie
Et je me souviens
Des navires en partance
Des odeurs
Des bonheurs trop vite enfouis
Ports désertés par les rats
Le tsunami guette - rancœur rance
Du haut de ma haute tour j’attends
Tôkyô - nouvelle babylone
Que tu te dresses
Jetant tes bras vers le ciel
Pour en embrasser les étoiles
- Lors j’oublie tes bases qui s’effritent
Et tes gouffres innommables
La baie s’ouvre mon cœur se referme
Un nuage est passé recouvrant la lune
Le vent se fait plus fort
Bientôt, me dit-il, bientôt
Tu éprouveras la puissance de mes frères
Je l’écoute encore lorsque la fenêtre claque
Pauvre Cassandre se retrouve dehors
A heurter les vitres et frapper les toits
Mais qu’importe la faux – subrepticement - je m’endors...