- JAPON -

Autour de l'eau...

Le Bain : ofurô (お風呂) :

Servi à un minimum de 40°, on entre pas dans le bain japonais comme en France : d'abord, on ne s'y lave surtout pas !!!
Il y a en général, dans une maison japonaise typique, une douche et de quoi se laver (savon, serviettes à frotter...) à côté du bain. Une fois bien récuré et rincé, on peut enfin pénétrer dans cette eau très chaude (et en général régulée par un thermostat dernier cri).
Les raisons de tout ceci ? Eh bien, tout d'abord, toute la famille se baigne dans la même eau ! Pas question de vider le bain après s'y être plongé ! (le bain se vide en général une fois par jour...) D'où la nécessité de faire extrêmement attention à la propreté quand on s'y baigne...
Il existe toutefois certaines règles de préséance : en général, l'homme de la maison se baigne en premier, et la femme en dernier. Dans ma famille d'accueil, naturellement, on me faisait passer en premier, en tant qu'étrangère et donc hôte de marque. Ensuite, vu que la femme était divorcée, c'était au garçon de 10 ans de passer, eh oui, c'était lui le petit homme-roi de la maison. Puis la fille, puis la mère.

Les WC :

en général, très technologiques.
Souvent, en entrant dans des wc au Japon (même dans une maison de province comme celle où j'ai été accueillie durant mon stage linguistique), on se croirait au XXII ème siècle : plein de boutons que l'on n'ose pas trop toucher, de quoi faire de la musique (sans doute pour qu'on n'entende pas d'autres bruits), se rincer, et combien d'autres choses encore, qui, faute de savoir suffisamment bien déchiffrer le japonais, me sont restées complètement mystérieuses...
Une remarque en passant : concernant les "slippers" (slippaaaa - le mot japonais reprend avec une intonation légèrement différente le mot anglais) : sorte de petites pantoufles, parfois en tissu, parfois en plastique, que l'on rencontre à divers endroits de la maison. Il y en a pour les wc, justement : on les enfile pour y entrer, on les retire en sortant. D'autres pour la salle de bains.Le reste du temps on est pied nus ou en chaussettes, et on laisse ses chaussures à l'extérieur ou dans le couloir d'entrée.Eh bien, au début, pas évident ! Combien de fois je me suis retrouvée avec mes "slippaaa" aux pieds alors que j'étais au salon, sous le regard mi-amusé, mi-outré de la maîtresse de maison! Et puis, il faut toujours les enlever à l'envers, afin de les avoir à l'endroit quand on les remet... Sinon, c'est la maîtresse de maison qui s'en charge !

Les Bains publics :

autrefois, les bains publics japonais étaient mixtes. Autrefois, c'est à dire avant 1868 et la révolution Meiji. En effet, au moment où le Japon s'ouvrit, sous la contrainte occidentale, il s'est retrouvé soumis à des traités inégaux, et pour rétablir une certaine égalité vis à vis des puissances occidentales, il lui a fallu non seulement se moderniser mais aussi et surtout copier au maximum les mœurs occidentales.
On commença ainsi, entre autres, à séparer les hommes des femmes dans les bains, car Messieurs les Occidentaux trouvaient cela "barbare".
Les Japonais, eux, trouvaient à l'époque une étoffe luxueuse beaucoup plus érotique qu'un corps nu - car c'était plus rare ! - et la nudité était plutôt synonyme de mauvais goût - et/ou de pauvreté : les paysans, soumis à de très fortes chaleurs en été, travaillaient souvent vêtus d'un simple pagne...
Encore aujourd'hui, lors des matsuris d'été, on peut voir des hommes quasi nus (euh, voire complètement !) sur les mikoshi (temples portatifs), sans que cela ne gêne personne !
Et la nudité (totale !) dans les bains publics est plutôt une question d'hygiène.
En gros, les Japonais trouvent normal de se dénuder lorsqu'ils travaillent et ont chaud, ou lorsqu'ils se lavent...

[pour une analyse très précise et fort intéressante des liens entre nudité,eau, et érotisme, voir l'excellent ouvrage "L'imaginaire érotique au Japon" p48 et suivantes ; il est amusant de noter, à côté de ce côté très "naturiste" des bains Japonais, l'extraordinaire censure imposée dans les magasines où il est interdit de voir le moindre organe sexuel : alors on les remplace par tout et n'importe quoi : concombre, tentacules et autres...]
[voir également des films comme De l'eau tiède sous un pont rouge, de Shohei Imamura]

J'ai pu constater cela moi-même lors de mon séjour au Japon, où j'ai eu la chance de pouvoir fréquenter plusieurs types de bains différents dans la catégorie des Onsens : 温泉 de : on, mais aussi 温かい : atatakai = chaud ; : sen, mais aussi izumi = source ; les sources d'eau chaudes naturelles sont très nombreuses au Japon, et chacune d'elle est réputée pour ses vertus particulières. Les Japonais allant rarement à l'étranger pour leurs vacances - ils n'ont pas trop le temps, quoique ça change un peu, à présent - les sources thermales sont une de leurs destinations préférées pour leurs moments de détente.

  • D'abord un onsen-hôtel (!!!) : on y est allés en groupe, en touristes, quoi, menés par une "guide" japonaise.
    Type grand hôtel, avec les bains tout en haut, sur la terrasse. Très sympa, on avait vue sur la ville, la déco était soignée, et les sections pour hommes/pour femmes changeaient régulièrement, histoire que les deux sexes puissent découvrir les deux sections de bains lors de leur séjour !
    Plusieurs bassins, eau chaude - et tout le monde à poil, of course.
    Avant, on se lave, bien évidemment, de fond en comble.
    Au sous-sol, il y avait également des bains, plus classiques, juste pour prendre son bain quotidien, sans doute, avec un grand bassin - mais toujours peu d'eau, on ne risque pas de se noyer, au pire ça arrive à la taille.
    Et toujours, avant, les douches et les savonnettes, les petites serviettes pour se laver, qu'on se met souvent sur la tête, ensuite, lorsqu'on entre dans le bain.
  • Ensuite, à la fin de mon séjour, un onsen vrai de vrai, en famille : la mère de ma famille d'accueil, sans doute rassurée par le fait qu'on avait déjà fait ça avec le groupe, m'y a emmenée, avec son jeune garçon d'une dizaine d'années.
    Là, c'était vraiment super : un grand bassin d'eau chaude en plein air, des rochers, c'était le soir, il faisait déjà nuit, imaginez vous tremper dans une eau à une température délicieuse avec juste des étoiles au-dessus de la tête...
  • Enfin, pas vraiment un onsen mais juste un bain d'hôtel : là, c'était très drôle : arrivée seule dans mon hôtel Tôkyôïte-pas-trop-cher (si, si, ça existe, et même de très sympas, faut juste pas être trop regardant sur les dimensions de la chambre...), je fais la gaijin (= étranger(e)) qui s'y connaît, et vais bravement au sous-sol prendre mon bain comme une japonaise vraie de vraie... Et je vois une petite grand-mère se dépêcher de se barrer du bain, afin de me laisser la place : était-ce par politesse ? par crainte de l'étranger ? ou par crainte que je lui souille son eau en me nettoyant mal avant d'y entrer ? Mystère... Toujours est-il que je me retrouvai seule, avec tout le bain pour moi !!!!