- JAPON -

A propos de la langue et de son écriture...

Là encore, je compléterai cette rubrique petit à petit.
Mon but n'est évidemment pas de faire un cours de langue, mais juste de donner quelques pistes pour ceux que ça intéresse sans aller apprendre carrément le Japonais, et qui voudraient juste comprendre un peu comment ça marche.

Pour l'instant, je commence par un exemple.
Vous dites "kami" à un Japonais. Que comprend-il ?
Eh bien, a priori, au moins trois choses : et sans contexte, il lui est impossible de se décider, car "kami", cela peut vouloir dire :
cheveux, papier (le kami de origami - le k se transformant ici en g) ou dieu (les kamikaze, vent de dieu).
Tiens, on remarque une autre chose en passant : les qualificatifs, toujours avant : origami : papier plié (de oru, plier) ; kami kaze : vent des dieux (kaze: le vent ; kami, c'est dieu au sens large : version animiste/shintoïste à l'origine)..

Bon, ça, c'est encore simple.
Regardons maintenant l'écriture, car c'est l'écriture qui va permettre de distinguer les trois "kami" (ainsi, parfois, les japonais tracent-ils dans le sable ou simplement du doigt dans le vide, le caractère correspondant au mot qu'ils utilisent, lorsqu'il peut y avoir ambiguïté).

: les dieux
: le papier ( 折り紙 : origami)
: les cheveux (surtout employé en mot composé : 髪の毛 : kami no ke, littéralement fourrure des cheveux).

Là, effectivement, nulle erreur possible. les dieux n'ont rien à voir avec le papier ou les cheveux !
D'autant que les "clefs" précisent un peu la catégorie de chaque mot. Une clef, c'est l'un des signes composant le "kanji" (littéralement "signe chinois", on y reviendra) : parfois, quand on ne connait pas le mot, on peut d'ailleurs hésiter et avoir des difficultés à repérer la clef. Ici, c'est facile pour les deux premiers : c'est le signe de gauche.
Clé du rite religieux pour 神 (la première moitié du kanji, à gauche), clé du fil pour 紙 (idem).
Pour les cheveux, un peu plus dur. C'est le signe de la partie haute (clef des cheveux longs !) : je le remets en plus gros : .
Si vous comptez bien (au début, on apprend à écrire et à compter le nombre de trait : très important pour la recherche dans les dictionnaires, mais pour cela il faut savoir écrire correctement...), ce kanji comporte 10 traits pour la partie haute, et 4 pour la partie basse..

Maintenant, les kanjis écrits plus haut n'ont pas qu'une seule prononciation !

La prononciation vue plus haut est appelée "japonaise", ou encore "kun". Il peut il y avoir plusieurs prononciations japonaises, et plusieurs "chinoises" (on).
Toujours sur nos exemples : 洗髪 se prononce senpatsu, cheveux ayant pour prononciation "hatsu" qui devient "patsu" ici.
Mais, vous allez me dire, donc, lorsque l'on compose avec un autre nom, on choisit la pronociation chinoise, et sinon, la japonaise ?
Beuh non, ce serait trop simple.
Par exemple : cheveux blancs, 白髪, se prononce "shiraga" (le premier caractère, shiro/shira voulant dire blanc - et ga... ben c'est une prononciation particulière, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?) ou bien "hakuhatsu" ("haku" : prononciation on de blanc !)

Vous commencez à voir la difficulté ?

Moi, ça m'arrive souvent de comprendre un mot ou une phrase sans être sûre à 100% de la prononciation !!!
Même s'il y a des règles, bien sûr... Mais je n'ai pas fait suffisamment d'années de japonais pour les maîtriser complètement...

Bon, pour terminer la petite intro : et le petit truc, là, dans 折り紙, entre les deux kanjis ?
Ben ça, c'est un caractère d'hiragana, l'un des deux (sic) "alphabets" syllabiques du japonais. り se prononce "ri", et se prononcera toujours "ri", c'est l'avantage de la chose.
Au début (vers la Xème siècle), l'hiragana était appelé l'écriture des femmes, car ce sont elles qui l'on développée, n'étant pas suffisamment instruites pour pouvoir écrire le chinois - la langue des lettrés à l'époque, comme le latin chez nous.
Elles écrivaient beaucoup, les dames : poèmes, intrigues de palais... et l'hiragana a fini par trouver sa place dans la langue.
Maintenant, un texte japonais est un mélange de kanjis et d'hiraganas. Dans les livres pour enfants, il y a beaucoup d'hiragana, et souvent, la prononciation des kanjis est marquée en hiragana à côté (comme c'est le cas aussi souvent dans les mangas).
Chez Mishima, beaucoup moins, et c'est galère...
Les hiraganas servent non seulement de prononciation (comme nos caractères phonétiques dans les dictionnaires) mais aussi de terminaisons (verbes, adjectifs : le り dans 折り: "o-ri", forme du verbe oru) et pour les particules de liaison (le の : "no"
髪の毛 : kami no ke, qui signifie en général "de" ; "le chien de ma mère" se dira ainsi 母の犬, "haha no inu", haha étant la mère (on dit aussi okâsan : お母さん o puis kâ puis sa : さ puis n : ん)..

Mais il y a aussi l'alphabet syllabique katakana ! Lui, il sert surtout pour transcrire des interjections (mangas...) ou des mots étrangers : par exemple : ネケタイ, ne-ku-ta-i qui veut dire... quoi, vous n'avez pas reconnu cravate, en anglais ?
Eh oui, ça, c'est le principal problème du katakana : faut arriver à reconnaître les mots étrangers dont ils sont issus !
Autre exemple : アルハ"イト a-ru-ba-i-to : alors ? eh oui, gagné, ça vient de "Arbeit", travail en allemand, et signifie ici plutôt "petit boulot". Les français ont, eux, apporté "bacansu" (vacances !), sic..

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Me revoici ! Continuons un peu....

Peut-être une question vous taraude-t-elle : mezalors, les kanjis, ces "signes chinois", ce sont les mêmes que ceux qu'utilisent les chinois ???.

Moi, ça me perturbait aussi, et j'ai donc appris quelques rudiments de chinois (le temps de faire deux méthodes de langue, et de m'apercevoir que je n'étais vraiment pas faite pour les langues difficiles à prononcer - moi, mon truc, c'est l'écrit, pas l'oral, donc exit : l'arabe, le chinois et toute autre langue asiatique à accentuations multiples et variées - vietnamien, thaïlandais et j'en passe).
Voici ce que j'en ai retiré : d'abord, certains caractères japonais n'existent pas en chinois, et vice-versa.
D'autre part, les kanjis sont issus des caractères chinois non simplifiés, c'est-à-dire ceux qui datent d'avant la dernière réforme de l'écriture (qui a conduit à simplifier considérablement les caractères) : les japonais ont récupéré les kanjis avant, donc, bizarrement, les caractères japonais sont plus compliqués que ceux utilisés d'ordinaire par les chinois !!!
Un exemple : 問題 mondai en japonais / wèntí en chinois : les deux voulant dire question, problème...
(en parlant de problème, je ne parviens pas à copier-coller le caractère imprimé, juste la version manuscrite, en photo... désolée. Allez voir pour l'écriture normale !)
(vous remarquerez que la prononciation "chinoise" des kanjis est très différente de la "vraie" prononciation chinoise... ceci est dû à au moins deux choses :  1) Quand on voit ce que donne la pronciation des mots anglais en japonais, on comprend que ce soit encore pire pour les mots chinois... 2) Il y a plusieurs prononciations chinoises, les principales étant celles du Nord-Pékin et du Sud-Canton, et qui ont évolué avec le temps...)
Le caractère a été simplifié considérablement, et le second caractère un peu (quoique visuellement, ici, ça ne soit pas évident...)..

Pendant qu'on y est : évidemment, avoir fait du japonais aide considérablement à lire le chinois (même si pour la prononciation, c'est beaucoup plus difficile...) ; les deux langues sont différentes point de vue construction grammaticale, mais on s'y fait vite.
Il paraît que la langue la plus proche du japonais en construction grammaticale, c'est le coréen.
j'ai essayé, mais les caractères coréens me gonflent, d'autant qu'on ne prononce pas toujours comme c'est écrit, qu'il y a des liaisons etc... En fait, point de vue prononciation, si le japonais, c'était l'italien (une fois traduit en syllabique, on lit sans problèmes de prononciation), le coréen, ce serait l'anglais. Quant au chinois... Au moins aussi dur que l'arabe ?
Mais nos amis japonais se rattrapent en difficulté sur l'écriture, la plus complexe sans doute de toutes !.

En passant, quelques outils bien utiles :

  • Le célèbre Kanji&Kana, Manuel d'écriture japonaise et dictionnaire des 1945 caractères officiels : une bible ! Donne les différentes lectures de chaque kanji, et l'ordre d'écriture des traits : indispensable au début...
  • Les denshijisho : dictionnaires électroniques.
Les denshijisho ne sont pas très pratiques pour les tout débutants, car ces dictionnaires s'achètent au Japon (via Internet) et leur manuel est... en japonais. En effet, ces dictionnaires sont faits, à l'origine, pour les étudiants... Japonais. Moi, je m'en fiche : je ne lis jamais les manuels, et, au pire, je me sers du dictionnaire électronique pour traduire le manuel !!! Mais il faut un minimum maîtriser la langue pour pouvoir s'en servir efficacement, ne serait-ce que pour écrire les kanjis correctement sur l'écran tactile des dictionnaires de la dernière génération : avec un mauvais ordre dans l'écriture des traits, on ne s'en sort pas...
Ces dictionnaires existent en version anglaise ou française, les versions anglaises étant en général plus complètes pour un prix équivalent.
J'écrirai bientôt la "critique" (qui me donne droit à une réduction) du petit bijou que je viens de me procurer, et qui est quasiment le must dans le domaine - pour un peu plus de 200 euros : regardez comme il est beau !!!.

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Pour l'instant, décortiquons : 電子辞書 den-shi-ji-sho, composé de 電子 : denshi : électron, électronique, et de 辞書 : jisho : dictionnaire (à comparer à 事典 : jiten : dictionnaire-encyclopédie)...