PETITE SELECTION PERSONNELLE DE HAÏKUS CÉLÈBRES

Traduits et Décortiqués par mes soins...

INTRODUCTION

Ceci est (l'amorce d')une petite sélection de mes Haïkus préférés.
Les traductions sont de mon cru, mais rien ne vaut l'original : raison pour laquelle je tente de donner le sens de chaque pièce du puzzle, avec quelques notions de grammaire et autres remarques par-ci par-là, mon but n'étant pas bien entendu de faire un cours de japonais, ce dont je serais bien incapable, mais de partager un tout petit peu le plaisir de lire dans la langue (ce qui, en ce qui concerne la poésie, est primordial) et de découvrir au passage quelques rudiments de langue japonaise...

kumo
o
ri
o
ri
hito
wo (o)
yasu
mu
ru
tsuki
mi
kana

Haïku de Bashô

Traduction libre : Les nuages, parfois, reposent les hommes de la contemplation de la Lune

Comme tout Haïku, ce qui précède respecte la forme 5-7-5 en ce qui concerne le nombre de syllabes :

kumo ori-ori
hito wo yasumuru
tsukimi kana

Décorticage :

: kumo : nuage.
La clef de ce kanji est (ame) : pluie.
Autres kanjis dans le même thème et avec la même clef :

  • : yuki : neige
  • : kaminari : tonnerre (la lecture kami-nari est amusante : kami : dieux, nari : bruit, son...)
  • : kasumi : brume
  • : tsuyu : rosée

ori-ori : en kanjis : 折折 : parfois

: hito : homme (sens général : être humain).
Est sa propre clef.
Se prononce aussi jin ou nin : 日本人 : nihonjin : japonais (de 日 本 : nihon, Japon, littéralement "source du soleil" : : hon/moto : la source ; : ni/hi : le soleil)

: wo (o) : particule indiquant le "COD".
Ex : ハ° ン を 食 ます : pan o(wo) taberu = (je) mange du pain
(pain wo/o mange ; le sujet est souvent omis !)
avec 食 る : tabe-ru = manger.
NB :ハ° ン : pa-n, le pain, s'écrit usuellement en alphabet katakana, car c'est un mot étranger...

休 む : yasumu : se reposer, dont est tiré yasumuru.
D'où les 休み : yasumi : vacances (mais aussi : break, repos) et en particulier les 夏休み : natsuyasumi : vacances d'été.

: tsuki : la Lune.
月見 : tsukimi : fait de regarder la Lune (cf 花見 : hanami : fait de regarder les fleurs, utilisé en particulier lors de la période de floraison des cerisiers), construit à partir de 見る : voir, regarder

: kana : interjection classique dans les Haïkus (pratique : ça donne deux syllabes gratos !)

natsu
gusa
ya
tsu
wa
mo
no
do
mo
ga
yume
no
a
to

Haïku de Bashô

Traduction libre : Ah, herbes d'été - ce qu'il reste des rêves de maint guerrier

Comme tout Haïku, ce qui précède respecte la forme 5-7-5 en ce qui concerne le nombre de syllabes :

natsugusa ya
tsuwamonodomo ga
yume no ato

Décorticage :

: natsu : été.
Tiens, et les autres saisons ?
: haru : printemps / : aki : automne / : fuyu : hiver.
Tout Haïku fait référence à une saison (et même à un moment particulier de la saison), soit directement, soit indirectement (fleurs de cerisiers, fleurs de prunier, chrysanthèmes, neige, etc.)

: kusa : herbe, devient ici gusa en association avec natsu

つわもの : tsuwamono (en kanji : ) : vétéran (de guerre, mais peut s'employer aussi plus largement, comme chez nous : vétéran... de 68 ?)

ども : domo : encore un truc difficile à traduire, dépend un peu du contexte...

: ga : particule marquant en général le sujet (voir plus loin).

: yume : rêve

: de (avec la construction A の B : le B de A)

あと : ato : après, reste, ce qui vient après...

: ya : interjection classique dans les Haïkus : ah !

ya
ga
te
shi
nu
ke
shi
ki
wa
mi
e
zu
semi
no
koe

Haïku de Bashô

Traduction libre : Finalement elles mourront, mais on n'en voit rien - chant des cigales

Comme tout Haïku, ce qui précède respecte la forme 5-7-5 en ce qui concerne le nombre de syllabes :

yagate shinu
keshiki wa miezu
semi no koe

Décorticage :

死 ぬ : shinu : mourir
: shi : la mort
Ceci dit, les Japonais ont beaucoup de façons de mourir, et donc un sacré vocabulaire à ce propos : le suicide, par exemple, se dit différemment suivant qu'il s'agit d'un suicide d'amour/double suicide ( 心中 :shin-jû avec : le cœur et : intérieur), d'un harakiri (littéralement : coupage de ventre... sauf que eux, disent seppuku 切腹 avec 切る : kiru : couper, et : hara : estomac, ventre, etc...

け しき : keshiki (en kanjis : 景色) : scène, paysage

: wa : particule de "thème" ou de "vieille info" ; は se prononce ha sauf dans le cas où c'est une particule : prononcé wa, ne me demandez pas pourquoi
A ne pas confondre avec le ga, particule du sujet. La différence est assez subtile : le wa indique le "à propos de", "en ce qui concerne", peut marquer l'insistance ou l'opposition - "moi, je fais ceci" ; le ga marque le sujet de l'action...
Un exemple parmi d'autres :
watashi wa pan o taberu : [en ce qui me concerne], je mange du pain [en réponse à "que fais-tu ? L'info importante est après le wa]
watashi ga pan o taberu : je [c'est moi qui] mange du pain [l'info importante est qui mange du pain ; en réponse à la question "qui mange du pain ?"]

見えず : miezu, de 見える : mieru : on peut voir, être visible, à la forme négative (le zu)

: semi : cigale. La clef est ici celle de l'insecte : : mushi

: no : de (" le chien de mon père" se dit, en japonais : père-(no)-chien)

: koe : cri, voix (contient le kanji qui veut dire à peu près la même chose et se prononce pareil...)